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Nicolas, Benoît et les frères Florian et Fabien quinze ans après le premier succès de Kyo.
© Sony Music

Musique

Kyo, ou l’histoire d’un come-back réussi

Après un succès phénoménal au début des années 2000 et une absence longue de dix ans, le groupe de rock français a repris du service en 2014. Un retour entre nostalgie et renouveau qui séduit: le concert aux Docks de Lausanne, ce jeudi, affiche complet

Pour les 25-35 ans, c’est une vraie madeleine de Proust. Un peu moins douce et raffinée que celle de l’écrivain, certes, mais un genre de petit plaisir coupable qui replonge sans ménagement dans l’adolescence. Et il suffit de peu, les premiers susurrements de Dernière danse, les riffs énervés de Je cours pour que s’invitent les flash-back, plus ou moins agréables. Ou comment les tubes de Kyo se sont mués en machines à remonter le temps. Avant de revenir depuis peu tutoyer le présent.

Au début des années 2000, impossible de le louper. Le groupe de rock français est érigé en coqueluche de la pop culture et son nom envahit tout: les ondes radio, les magazines colorés de type Hit Machine et les écrans où M6 et MTV diffusent leurs clips en boucle.

Repérés en 1997 sur une scène de province, Benoît, Nicolas, Florian et Fabien, la vingtaine à peine, sont propulsés sous le feu des projecteurs. Dégaine mi-skateur, mi-gamin de bonne famille, façon colliers rastas et litres de gel coiffant, les quatre amis des Yvelines plaisent immédiatement aux adolescents. Parce qu’ils leur ressemblent, avec leur joues rebondies et leurs longs corps malingres, et parce qu’ils parlent d’eux. Sur une musique alternant mélodies gentillettes et arrangements rageurs, «Ben», le chanteur à la voix androgyne, écrit les malaises scolaires, les crises identitaires et les tourments amoureux propres à ses contemporains. Qui n’ont pas grand-chose à dire sur la société et sont parfois tentés, comme lui, de «tout envoyer en l’air».

Citron pressé

Avec ce qu’il faut de révolte romantique et de spleen maladroit, Kyo a visé juste et touché le gros lot. Son album Le chemin, sorti en 2003, se vend à plus d’un million et demi d’exemplaires et les prix pleuvent, dont trois récompenses aux seules Victoires de la musique 2004 (aux côtés de Mickey 3D, Corneille et Carla Bruni, toute une époque). Adulé par quelques amateurs de Placebo ou Nirvana et une foule de jeunes filles en fleurs, le quatuor est raillé par les puristes, qui l’étiquettent «groupe à minettes» ou simple phénomène commercial.

Le citron sera en effet plus que pressé: outre un nouvel opus terminé en 2004, la bande à Benoît sort moult singles et DVD live, quand il n’est pas mandaté pour écrire les morceaux d’autres stars de variété, de Jenifer à Johnny Hallyday.

Et tout à coup, c’est trop. En 2005, Kyo annonce une pause, officiellement afin que ses membres puissent se consacrer à leurs projets personnels. Officieusement, cette extrême visibilité était devenue trop lourde à assumer. «Psychologiquement, on était rincés, expliquera plus tard Benoît. Il n’y a pas d’école du succès, et on a reçu tout ça frontalement. C’est très humain d’avoir envie de se recroqueviller.» Une absence qui durera finalement près d’une décennie, pendant laquelle le groupe laisse le champ libre à Christophe Maé, Mika ou Julien Doré.

Peau neuve

«Fais-moi de la place, juste un peu de place pour ne pas qu’on m’efface», s’époumonait Benoît dans Je cours. Kyo avait-il la même angoisse existentielle? Toujours est-il que, contre toute attente, ceux qu’on avait relégués au statut de souvenirs tendres, voire de références légèrement has been, font leur grand retour en 2014.

Avec Equilibre, Kyo se prête au difficile exercice du come-back. Comment raccrocher le wagon alors que les fans ont grandi, que l’industrie nous a remplacés et que les goûts ont évolué? «Aujourd’hui, le public passe sans cesse d’un artiste à l’autre, note Benoît au téléphone. On a marqué une époque, mais il y avait la possibilité que les gens aient passé à autre chose.»

D’autant que les quatre gaillards ne collent plus vraiment à l’image de rockeurs torturés qui avait fait leur succès. Les visages ont pris de l’âge, les chemises en jean ont remplacé les t-shirts tagués et les coupes ne défient plus la gravité.

Le poids de l’image

Alors le groupe décide de faire peau neuve: nouveau logo, nouvelle équipe (qui compte notamment Mark Plati, producteur de Bowie ou Robbie Williams)… et nouveau style? A l’heure où le rock n’a plus vraiment la cote, Equilibre tente en tout cas de balayer large. Les ballades côtoient des morceaux minimalistes aux accents électros, plus ou moins réussis. «Je dirais que le tout se veut plus solaire, en opposition au côté «groupe dépressif» qui nous caractérisait à l’époque.»

Histoire que le son ne déroute pas complètement les groupies de l’époque, ces trentenaires qui constituent tout de même 75% de son public actuel, Kyo ressort quand même la lourde artillerie de guitares. Au risque de servir du réchauffé. «Le poids de notre histoire est insidieux, concède Benoît. On a du mal à se détacher de notre image, à lâcher complètement pour tenter des choses plus décalées. Mais je crois que le plus important, c’est de rester pertinent. D’avoir la sensation d’apporter quelque chose au paysage musical.»

Plus de liberté

Le grand écart est périlleux, mais payant: Equilibre se hisse à la deuxième place des ventes en France et intègre le top 20 en Suisse. Alors Kyo réitère le tour de force en 2017 en sortant Dans la peau, un album pop qui prend d’avantage de liberté, notamment avec Ton mec, single surprenant au beat très clubbing.

S’il évoque un âge d’or révolu, Kyo ne renie pas ses anciens hymnes pour autant. «Je ne pourrais plus les écrire mais j’ai beaucoup de tendresse pour ces titres. En tournée, je les chante comme le public: avec nostalgie», confie Benoît.

Une renaissance que vivront les Romands jeudi à l’occasion de leur concert aux Docks de Lausanne, qui affiche complet depuis plusieurs mois. Preuve que Kyo, idole des vieux ados, a «tenu la distance».

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