Voyage

L’ABC coloré des Caraïbes

Provinces autonomes 
des Pays-Bas, les îles Aruba, Bonaire et Curaçao forment 
les joyaux des petites Antilles. Plongée métissée dans la mer turquoise de ces trois anciennes colonies néerlandaises

«Bon Bibi!» peut-on lire à l’aéroport de Curaçao. Ce «Bienvenue» en papiamento, transpire des siècles d’histoire locale. Les expressions de cette langue créole, parlée dans les territoires néerlandais d’outre-mer, mêlent des mots portugais à ceux ramenés d’Afrique par les esclaves, le tout se chantonne avec des vocables anglais, espagnols et néerlandais.

Situées à quelques encablures des côtes vénézuéliennes, au sud de la mer des Caraïbes, Aruba, Bonaire et Curaçao (aussi appelées îles ABC), restent liées aux Pays-Bas. Elles se visitent par voie aérienne grâce à de petits coucous à hélices que les habitants prennent tantôt pour travailler, tantôt à faire du shopping ou, d’un saut de puce, se reposer sur l’un des îlots voisins.

Métissage 

La population, majoritairement descendante des anciens esclaves africains, s’est mêlée aux Espagnols à qui l’on doit la découverte de Curaçao en 1499, puis aux Hollandais connus dans la région comme les derniers colonisateurs. Mais pour souligner le passage des Indiens Caquetios, les premiers habitants arrivés en canoë d’Amérique du Sud, il ne reste aujourd’hui que le témoignage des peintures rupestres. La tribu Arawak se fera, en effet, décimer par les envahisseurs européens.

La position stratégique de ces îles Sous-Le-Vent, à savoir, en dehors du passage des ouragans, leur assure un tourisme régulier avec des températures identiques tout au long de l’année. Avec ses coraux tranchants et ses ronces brûlées par le soleil, cette terre aride se revendique inhospitalière. Le tout compose un paysage désolé qui ressemble à un décor de Mad Max. Même si, entre deux criques sauvages et plages de sable blanc, bougainvilliers, cactus et palmiers pullulent dans les jardins privés.

Oranges amères

Les trois îles auraient jailli des mers il y a cent millions d’années, lit-on sur les feuillets de l’office de tourisme d’Aruba qui vantent, à la page suivante, ses boutiques, ses centres commerciaux, ses chaînes hôtelières et sa dizaine de casinos sortis du néant pour satisfaire une clientèle nord-américaine. En marge, Aruba a pu développer une production d’aloe vera, cette plante grasse et juteuse dont l’extrait compose tout une gamme de produits cosmétiques.

A Curaçao, les envahisseurs espagnols ont voulu implanter des oranges valenciennes sur l’île sans réussir pour autant à les rendre douces et juteuses. La terre stérile leur confère une étrange amertume. Rebaptisé «laraha», l’agrume a donné naissance à la liqueur Curaçao, célèbre partout dans le monde pour sa couleur bleue. Mais l’île se caractérise aussi par son port commercial, son réseau bancaire et son offre culturelle. Les deux tiers de la population vivent aux alentours de Willemstad, classé au patrimoine mondial de l’Unesco.

Ici, les enfants sont tous bilingues. Entre le papiamento, le hollandais mais aussi l’espagnol et l’anglais, la communication n’est pas un problème

Cette capitale se reconnaît par sa rangée de maisons aux couleurs vives sur le port de Handelskade et son modèle d’aménagement urbain néerlandais. Le piéton traversera le pont flottant, «la Vieille Dame qui Balance», baptisé en l’honneur de la reine Emma. Devant une école, Peter, un natif des Pays-Bas qui guide les touristes depuis 20 ans, explique: «Ici, les enfants sont tous bilingues. Entre le papiamento, le hollandais mais aussi l’espagnol et l’anglais, la communication n’est pas un problème.» Son vieux van prend la direction d’une Landshuis, ancienne propriété perchée sur les collines qui permettait aux maîtres hollandais de surveiller les plantations et de profiter de l’altitude pour aérer naturellement leur maison. La plupart ont été transformées en restaurant, galerie d’art ou hôtel de charme.

La vie aquatique

Bonaire pour sa part, fait le bonheur des amoureux de la nature. Son parc national le Washington-Slagbaai rassemble près de 200 espèces d’oiseaux et se visite à vélo. Les spots de kite surf et de planche à voile attirent les champions du monde entier. Le long de la côte, les plongeurs fantasment devant les récifs et la faune intacte des 86 sites officiellement protégés depuis 1984.

A cet égard, l’Harbour Village Beach Club vient de créer un partenariat avec une sommité française de l’écologie aquatique. Fabien Cousteau, le petit-fils du commandant, était de passage au printemps pour protéger l’une des plus belles réserves sous-marines des Caraïbes, si ce n’est du monde. Lui-même océanographe et cinéaste, il lance conjointement avec l’établissement, un programme éducatif et de préservation pour sensibiliser les nouvelles générations aux beautés fragiles de la mer. Ainsi, deux fois par an, un sommet se tiendra sur l’île associée à un centre océanographique qui devrait bientôt voir le jour.

Ragoût d’iguane

Sur les trois îles, la gastronomie c’est un peu comme le papiamento: un doux métissage de provenances et de saveurs. On croise les vendeurs de fricadelles, ce snack du nord de l’Europe à base de viande recomposée qui suinte l’huile sous le cagnard implacable, ainsi que les incontournables brochettes de poulet au saté, sauce à base de cacahuètes originaire d’Indonésie, autre ancienne colonie hollandaise.

Plus typiques, les haricots noirs flanqués d’œufs frits constituent le plat des classes inférieures avec le kadushi, une soupe de cactus. Par contre, l’absence d’eau douce rend l’agriculture quasi inexistante dans l’archipel: «C’est simple: légumes, viandes, tout est importé!», précise un cuisinier du cru. Côté pêche, le vivaneau, le thon ou encore le mahi mahi – un poisson local – se vendent par kilo même si, à Bonaire, les quantités de poissons autorisés par pêcheur sont strictement réglementées. Il arrive parfois qu’un iguane indolent se retrouve en grillade ou en ragoût dans une assiette. Un must culinaire, paraît-il.

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