Même si l'être humain est un être pensant, il marque plus d'intérêt pour le concret que pour l'abstrait. Un penchant qui se repère encore mieux en art. Il suffit pour cela de noter la préférence du public pour le figuratif et de relever les questions toujours pendantes face à l'abstraction, lorsqu'aucun sujet n'est immédiatement identifiable: qu'est-ce que cela représente? Qu'est-ce que cela signifie?

L'exposition de Lausanne, au Musée Arlaud, prouve qu'il n'existe pas de barrières si infranchissables. Trois toiles, par exemple, dans les escaliers, suggèrent que le concret affleure toujours. Les croisillons de traits rouges, bleus et jaunes, de Camesi, montrent – selon les valeurs symboliques de ces couleurs – que les éléments terrestres, célestes et humains se mêlent en variantes et doses multiples, formant la trame de nos comportements. Et si la toile de Haubensak est intitulée Door of Perception (Ibiza 4), son carré couleur caramel sur fond gris foncé en dévoile peut-être autant qu'une porte entrouverte sur une alcôve par Vallotton ou Bonnard. Tandis que les tracés énergiques de Rollier laissent entendre que les actes humains peuvent être sanguinaires même sous prétexte de sublime. L'accrochage démontre ainsi qu'il y a plusieurs abstractions. Même si la présentation n'insiste que sur deux d'entre elles.

L'abstraction lyrique et la géométrie forment en effet les deux tendances majeures. Elles sont tributaires des œuvres empruntées au fonds cantonal. On est loin de la richesse des collections bâloises. Mais la présentation suffit à situer un contexte. Où l'on voit les artistes romands séduits par le constructivisme, dans la droite ligne de l'art concret zurichois, représenté par Max Bill. Une orientation qui voit se succéder plusieurs générations. Alors que l'abstraction lyrique est l'apanage d'expressions plus personnelles et isolées.

Quelques achats, comme une toile de Geneviève Claisse, une sérigraphie d'Auguste Herbin (belle acquisition) ou une gravure de Motherwell, indiquent les références internationales. Mais leur petit nombre met le doigt sur les lacunes. Défaut qui s'estompe avec le flou qui voit, à l'heure actuelle, les catégories s'entremêler.

Abstractions. Musée Arlaud (pl. de la Riponne 2 bis, tél. 021/316 38 50). Me-ve 12-18h, sa-di 11-17h. Jusqu'au 26 septembre.