«L'instant où, des hauteurs du Jura, je découvris le lac de Genève fut un instant d'extase et de ravissement. La vue de mon pays, de ce pays, si chéri où des torrents de plaisir avaient inondé mon cœur, l'air des Alpes si salutaire et si pur, le doux air de la patrie, plus suave que tous les parfums de l'Orient: cette terre riche et fertile, ce paysage unique, le plus beau dont l'œil humain fut jamais frappé; ce séjour charmant dont je n'avais rien trouvé d'égal dans le tour du monde; l'aspect d'un peuple heureux et libre; la douceur de la saison, la sérénité du climat; mille souvenirs délicieux qui réveillaient tous les sentiments que j'avais goûtés; tout cela me jetait dans des transports que je ne puis décrire et semblait me rendre la jouissance de ma vie entière.»

Rousseau, «La Nouvelle Héloïse», IV, lettre VI.

«Je suis touché, à ce voyage-ci, de ce point admirable où les montagnes sévères et couvertes de sapin se rapprochent du lac, remplacent l'ignoble champ cultivé et donnent au paysage un si grand caractère.»

Stendhal, «Mémoires d'un touriste».

Proust, décrivant les stries que les bateaux laissent dans leur sillage: «comme suivis de quelque chose de plus immatériel que leur route, comme si la vie humaine avait appris la géographie à la nature qui l'inscrit maintenant, s'est assez approprié ces souvenirs humains ou notations de nuances et lumières».

Proust, «Jean Santeuil».

«La surface du lac très inclinée semblait élever dans les airs la rive opposée. Des vapeurs voilaient en partie les Alpes de Savoie confondues avec elles et revêtues des mêmes teintes: la lumière du couchant et le vague de l'air dans les profondeurs du Valais élevèrent ces montagnes et les séparèrent de la terre, en rendant leurs extrémités indiscernables; et leur colosse sans forme, sans couleur, sombre et neigeux, éclairé et comme invisible, ne me parut qu'un amas de nuées orageuses suspendues dans l'espace; il n'était plus d'autre terre que celle qui me soutenait sur le vide, seul, au sein de l'immensité.»

Senancour, «Oberman».

Amiel, tout de suite après l'arrachement de presque toutes ses dents: «J'aspire des yeux, des oreilles et du poumon, l'air pur, les sensations de toute espèce, qui montent de ce suave paysage matinal. Nappes de rayons obliques, Dent du Midi toute blanche émergeant d'une vaste collerette de vapeurs; pentes boisées et ondulées, lac miroitant et changeant, montagnes d'émeraude et d'améthyste, guipures des noyers, ombres traînantes, vignes mûrissantes, pommes rouges, papillons, quelques couples se rendant à l'église, quelques voiles sur l'eau, les trains discrets avec leur panache de fumée, l'Oasis avec ses roses, ses cyprès et ses saules pleureurs; tout cela dans le cirque enchanteur borné par les Pléiades, le Cubly, le Caux, le Sonchoz, l'Arvel, la Dent du Midi et le Grammont. Tout le pays me paraissait un encensoir, et la matinée une prière. Il fait bon ici contempler, vivre, rêver et mourir.»

Amiel, «Journal», 23 septembre 1877.

Citations extraites de la conférence que donnera Antoine Raybaud, professeur à la Faculté des lettres de Genève, le vendredi 25 septembre à 20h30, en ouverture d'une table ronde sur «L'invention du Léman», avec Doris Jakubec, professeur d'histoire de la littérature romande à l'Université de Lausanne, et Jean Starobinski, professeur honoraire à l'Université de Genève. Modérateur: Olivier Perrin, responsable du Samedi Culturel du «Temps».

François de Cornière, du Théâtre de Caen, propose une lecture-spectacle du Gros Poisson du lac, avec deux comédiens et une musicienne, au Théâtre Saint-Gervais, du 15 au 19 septembre.

Anne Bisang fait entendre des extraits de La Pêche miraculeuse, de Guy de Pourtalès, en plein air, devant les décors naturels qui s'inscrivent dans le récit. Une production du Théâtre Saint-Gervais, du 22 au 24 septembre (tél. 022/908 20 00).

Philippe Lüscher met en scène un montage de textes autour de la Julie de Rousseau, au Théâtre de l'Orangerie, du 17 au 27 septembre (tél. 022/ 786 55 15).

Sur l'écran installé dans la Bulle, place Chateaubriand, on pourra voir La Vocation d'André Carrel, un mélodrame de Jean Choux de 1925 (samedi 19 septembre), Seuls, de Francis Reusser (jeudi 24), La Nouvelle Vague, de Godard, ainsi que sa Lettre à Freddy Buache, en fait un portrait de Lausanne (samedi 26). Autant de regards sur le lac. Toutes les projections sont à 20h15.

Signalons encore que le mardi 22 septembre à 20h15 au Forum économique et culturel des régions (place Chateaubriand), Jean-Bernard Lachavanne, président de l'Association pour la sauvegarde du Léman, donnera une conférence retraçant l'évolution de la dégradation chimique, biologique et sanitaire du lac. Elle sera suivie d'une table ronde intitulée «Le Léman, un lac propre pour l'an 2000?». Modératrice du débat: Anne Crisinel, rédactrice scientifique au Temps.