Prix Goncourt 2005 pour Trois jours chez ma mère , François Weyergans a été élu jeudi membre de l’Académie française.

Le Temps: Comment vous sentez-vous dans la peau d’un académicien?

François Weyergans: J’ai hâte de porter le costume. Et l’épée aussi! Non, blague à part, je vis ce moment comme une fête de la littérature.

– Pour être élu, il faut se porter candidat. En quoi l’Académie française vous attire-t-elle?

– Je me suis porté candidat le 4 mars et j’ai été élu le 26. Je crois que c’est un record de rapidité. La procédure, qui tombe en désuétude, voulait que l’on se présente devant chaque membre en particulier pour postuler. J’ai choisi une formule XVIIIe siècle. J’ai écrit une lettre à chacun. A chaque fois, je faisais référence au dernier livre qu’ils avaient écrit, et que j’avais lu bien évidemment. Je crois que cette méthode a beaucoup touché les 39 académiciens.

– Mais pourquoi tant de ferveur pour entrer dans cette institution?

– J’ai surpris mes amis, c’est vrai. L’un d’eux m’a même lancé que je me déconsidérais! L’Académie française représente pour moi un bastion qui défend et surveille la langue. L’élaboration de son dictionnaire est une entreprise très importante, assez éloignée de ce que font les dictionnaires commerciaux. Les mots y sont accueillis sans démagogie. Je suis un très grand lecteur de dictionnaires et de grammaires. La langue, les mots sont ma matière première. A part cela, l’Académie est un rêve d’enfant pour le fils d’écrivain que je suis. Le jour de l’entrée de Jean Cocteau à l’Académie, en 1955, je me rappelle m’être dit que l’on avait affaire à une institution qui n’était pas si mal.

– A quoi ressemble votre agenda d’académicien?

– Je vais d’abord fêter avec les copains. Début 2010, je vais prononcer l’hommage à mon prédécesseur, Maurice Rheims, grand commissaire-priseur et historien d’art. Puis, tous les jeudis matin, j’irai travailler au dictionnaire. On en est à la lettre P, je crois. Faudrait qu’on accélère, tout de même. Cela va me donner un horaire. Moi qui n’en ai aucun, c’est rassurant.