Le plus souvent dévolu à des films d’auteurs commerciaux, sans enjeu artistique, le film de clôture du festival a surtout une fonction… festive. Cette année, on a vite compris qu’il en serait autrement: disparu début avril à 70 ans, Claude Miller avait juste eu le temps d’achever sa Thérèse Desqueyroux d’après François Mauriac. L’hommage s’imposait, pour saluer un cinéaste sélectionné par deux fois en compétition, avec La Classe de neige (1998) et La Petite Lili (2003).

Mais ce qu’on pouvait craindre par ailleurs est arrivé. Affaibli par le mal qui le rongeait déjà, le cinéaste n’aura cette fois pas su repousser cet académisme qui le guettait, comme tout bon cinéaste classique. On aurait aimé un film d’époque aussi moderne que Les Destinées sentimentales d’Olivier Assayas, on a eu droit à des adieux aussi empesés que ceux de Philippe de Broca avec ­Vipère au poing: un honnête film d’illustrateur, sans même la sombre beauté de la première adaptation par Georges Franju, en 1962.

L’histoire d’une jeune femme trop intelligente qui, dans les Landes des années 1920, se laisse piéger dans un mariage sans amour par les traditions familiales de la bourgeoisie provinciale, n’a guère subi que des retouches mineures. Comme Emmanuelle Riva à l’époque, Audrey Tautou est déjà un peu âgée pour le rôle-titre, surtout aux côtés d’Anaïs Demoustier, de dix ans plus jeune (là aussi comme Edith Scob). Mais elle joue à merveille le durcissement de cette héroïne qui ne se comprend pas elle-même. En face, la bonne surprise vient de Gilles Lellouche, qui succède à Philippe Noiret dans le rôle du mari borné, à «l’implacable simplicité».

Mais tout le meilleur vient encore des mots et de la profondeur psychologique de Mauriac, dont l’univers paraît aujourd’hui bien daté. Ah! Si Thierry Frémaux avait eu le courage de sélectionner plutôt le dernier film de Raoul Ruiz, La Nuit d’en face (qui, du coup, a fait le bonheur de la Quinzaine…), on se serait sûrement plus amusés – même avec une pointe de mélancolie!