«L'hébreu, c'est ma patrie, je ne peux pas vivre dans un pays où on ne le parle pas», dit une poétesse d'origine hongroise. Mais quand son père est mort, c'est dans la langue de l'enfance qu'elle l'a pleuré. Haïm Uliel est né en Israël de parents marocains. Ils avaient honte de leur idiome. Lui pensait parler comme tout le monde jusqu'à ce qu'on se moque de l'accent qui perçait sous son hébreu. Il s'est joint aux jeunes Orientaux qui chantaient leur révolte en anglais dans les boîtes de nuit. Le marocain est revenu aux fêtes de mariage: youyous et cris de joie. Aujourd'hui, ses chansons mêlent les langues.

La langue sous la langue, oubliée, assassinée: c'est le thème du passionnant documentaire de Nurith Aviv. Elle-même a grandi en hébreu, son enfance hantée par d'effrayants contes allemands. Les neuf artistes qu'elle a rencontrés vivent entre plusieurs langues. L'écrivain Aharon Appelfeld raconte comment il a appris le yiddish pour chasser l'allemand de son enfance d'orphelin échappé des camps, pour assumer sa judéité. Cet hébreu dur comme du gravier, son instrument de travail, il rêve encore qu'il l'a oublié. Meir Wieseltier savait par cœur Pouchkine et Lermontov. Pour devenir écrivain, il a dû tuer le russe en lui, mais, dans ses poèmes en hébreu, il en entend encore le rythme et la musique.

Au-delà de la question de l'hébreu, leurs témoignages parlent de ces langues qui font entendre des musiques disparues et revivre des strates d'histoire.

«D'une langue à l'autre». Cinéma- thèque suisse, Lausanne, me 7 juin à 18h30. Suivi d'un débat.