L’exercice n’était pas facile: raconter en partie sa propre histoire de paraplégique, sans tomber dans une narration trop linéairement autobiographique. Jarred McGinnis a réussi son pari. L’écrivain américain, qui a grandi entre la Floride et le Texas, a su transformer son drame personnel en un roman décalé qui, dès les premières lignes, n’a que faire de la compassion, lui préférant au contraire l’humour noir et l’autodérision. L’auteur exprime certes la colère, la honte, l’amertume, les conflits avec soi-même et autrui, ou encore le désespoir, mais ces lames de fond se déploient sur un ton férocement caustique. Et ce cocktail détonant n’éclipse pas la tendresse qui se dégage finalement de ce premier roman, long périple qui va de la lâcheté au courage d’aimer, en passant par le pardon et la réconciliation.