Une jeune femme en mini-robe blanche a fait son apparition samedi soir à Montreux. Il est près d'une heure du matin. Ivete Sangalo a le pied droit dans un plâtre qui monte au genou, assorti – par la pâleur immaculée – à sa nuisette de cérémonie. De quoi s'alanguir dans un hamac, voire un lit d'hôpital. Mais non. La mission est de mettre le feu: au «Strav», c'est plein feux, trompettes, choristes de démonstration et batterie sonnante de percussions.

Il faudrait enquêter pour dénicher la recette de cette vitalité hors normes. Guarana en injection? Moteur à explosion camouflé dans le bassin? Entraînement intensif d'une coureuse de fond? Professionnalisme à toute épreuve, à coup sûr. Dernière des recrues tonitruantes de l'axé, grosse musique à fête surgie dans les caravanes électrifiées et carnavalesques de Salvador de Bahia, Ivete Sangalo boute son handicap loin du terrain de sport. Portée par un Auditorium en transe communautaire, «Ivêtch» l'adulée propulse ses titres, partage ses refrains avec des milliers de fans jaune vert qui connaissent chaque contretemps de son répertoire intempestif. La Bahianaise fait jaillir, de la foule surchauffée, bras, scansions et drapeaux en transhumance sur la foule.

L'axé peut saouler. Il peut aussi faire siffler les oreilles, tant on halète ici dans l'«energiiia» aux vertus exutoires. Mais il y a aussi un art de la transe souriante. Une manufacture millimétrée du show dansant. Avant Ivete Sangalo, ses modèles, ses aînées Daniela Mercury et Margareth Menezes ont fixé le voltage au maximum. De leur public acquis, les trois reines de l'axé ont cueilli les sueurs de lambada. Pas un seul temps mort, chez aucune d'elle. La tendance est à l'afro-rock dans les riffs de guitare de Margareth, la plus créative des trois, la clé est celle de l'exubérance gracieuse chez Daniela Mercury, pasionaria des abdo-fessiers. Parfois, Montreux, loin du jazz, loin de l'émotion mais de plain-pied dans l'enthousiasme, mérite chronique à la rubrique sportive.