Cinéma

L’adaptation ciné de «Downton Abbey» boit la tasse (de thé)

Costumes splendides et personnages familiers ne parviennent pas à compenser le sérieux manque de substance dont souffre ce passage sur grand écran de la célèbre série britannique

Train à vapeur fumant, chemin serpentant dans la pelouse vert Angleterre puis, juste quand éclate le célèbre générique, vue aérienne du château. Dès les premières secondes, tout y est – jusqu’aux clochettes sur le tableau des domestiques. Downton Abbey, le film, remplit scrupuleusement son mandat: nous replonger dans l’univers de la série éponyme, cette populaire production britannique narrant le quotidien d’une famille d’aristocrates et de ses domestiques au début du XXe siècle.

Alors que la sixième saison tirait sa révérence en 2016 dans un happy end général ne présageant aucune suite, la quasi-totalité du casting de Downton Abbey renfile aujourd’hui tabliers, chapeaux cloches et rideaux de perles. Histoire d’offrir aux fans orphelins – et il y en a passablement – un come-back sur grand écran.

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Tapis rouge et festin

Honnêtement, on ne voit pas très bien pourquoi un non-initié prendrait son billet. Sir Julian Fellowes, le scénariste, non plus. Son film, qui reprend le fil en 1927 soit peu après l’épilogue télévisuel, ne s’embarrasse pas à contextualiser, ni à introduire un tant soit peu les – nombreuses – têtes qui défilent. A commencer par celle du majordome Thomas Barrow, chargé d’ouvrir une lettre expédiée par, excusez du peu, Buckingham Palace. La nouvelle qu’elle contient excite et alarme à tous les étages: dans le cadre de leur tournée, le roi et la reine feront étape à Downton Abbey. Il faudra donc leur dérouler le tapis rouge, avec cérémonie, festin et tout le tintouin.

Cuisine-t-on généreux ou délicat? Le service sera-t-il à la hauteur de ces altesses? Astiquer l’argenterie, bichonner les invités royaux et faire honneur à la famille Crawley, voilà la mission dont sera investie toute la maisonnée et qui constitue la principale trame du film. Un peu légère – même si, rassurez-vous, rien n’ira comme prévu. Car George V et Queen Mary ont décidé d’envoyer à Downton leurs propres valets, pas commodes qui plus est. Ah, et il y a aussi une chaufferie capricieuse, un rôdeur bizarre, une histoire d’héritage…

Mission impossible

Downton Abbey ressemble moins à un film qu’à un super-long épisode bonus de la série. Qui tente de cumuler, sur deux heures, le maximum de personnages, de références, sans faire grand cas de sa substance. En l’occurrence, les petites intrigues s’enchaînent, vite bouclées, parfois anecdotiques, voire absurde –, on soupçonne tout à coup Tom Branson de sombres intentions, alors que l’Irlandais fait partie de la famille Crawley depuis sept ans… Même la question cruciale de l’avenir – et de la raison d’être – de Downton, à l’aube des années 1930 et de la modernité, se voit expédiée en cinq minutes.

C’est vrai, on se trouve ravis, émus même de retrouver ceux qui avaient occupé nos petits écrans durant six ans – Daisy est toujours aussi butée, Molesley aussi encombrant et la Violet Crawley de Maggie Smith délicieusement sarcastique –, de rêver devant les somptueuses robes en velours et paillettes ou les plans léchés sur des déluges de violons. On accueille aussi volontiers la pluie de bons sentiments délivrée en accent Yorkshire qui, après tout, faisaient partie de l’ADN Downton.

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Mais est-ce parce qu’il lui manque une solide colonne vertébrale, ou simplement que la mission était impossible au vu de la nature de la série? Toujours est-il que le résultat, s’il n’est pas dénué de charme, se révèle longuet. Comme dirait Daisy pestant dans sa cuisine, «c’est quand même beaucoup d’agitation pour pas grand-chose». Ou plutôt, pour un sponge cake familier mais tellement sucré qu’il écœure sans rassasier. Nostalgiques, vous rêvez de retrouver les murs de Downton Abbey tout en évitant ce deuxième service décevant? Guignez du côté d’Airbnb: une nuit dans le vrai château où a été tournée la série vient d’être mise au concours.


Downton Abbey, de Michael Engler (Grande-Bretagne, Etats-Unis, 2019), avec Michelle Dockery, Tuppence Middleton, Maggie Smith, Matthew Goode, Elizabeth McGovern, Laura Carmichael, 2h02.

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