Armin Jordan n'est pas le seul à avoir quitté la scène terrestre. Hier, le chef suisse Silvio Varviso est décédé à l'Hôpital Sint-Vincentius d'Anvers, des suites d'une brève maladie. Il avait 82 ans, lui qui avait consacré toute sa vie (veuf, sans enfants) à l'opéra.

Très apprécié en Belgique, Silvio Varviso a fait les belles heures de l'Opéra de Flandres. Récemment encore, les 17 et 19 septembre, il dirigeait Tosca, avec le raffinement et l'absence de sentimentalité qui étaient devenus sa signature. A l'aube des années 1990, il entamait un cycle Puccini de haute tenue avec Robert Carsen, qui n'était pas encore la vedette de Salzbourg, Paris et Bregenz. 234 représentations entre 1991 et 2006 (y compris Parsifal, Tristan, Le Chevalier à la rose...): le public d'Anvers était attaché à son chef invité principal, humble et sans fard.

Fils d'un professeur de chant, Silvio Varviso (né en 1924 à Zurich) a eu pour mentor le réputé Clemens Krauss. Il fit ses armes à Bâle (1950-62), fut l'hôte régulier du Met de New York, dès 1961 en accompagnant Joan Sutherland dans Lucia di Lammermoor. Successivement directeur musical de l'Opéra de Stockholm (1965-71), de l'Opéra de Stuttgart (1972-80) et de l'Opéra de Paris (1980-85), invité à Covent Garden, Salzbourg comme à Bayreuth, il a côtoyé les plus belles voix. Ses enregistrements en attestent (Le Barbier de Sévilleavec Berganza, Anna Bolena avec Horne, La Somnambuleavec Sutherland, Don Carlosavec Domingo...).

Nicolas Blanmont, critique musical àLa Libre Belgique, salue une «direction élégante, raffinée et malgré tout éminemment dramatique. C'était un homme simple, très ponctuel, qui mettait un point d'honneur à mener toutes les répétitions. Il était manifestement adoré des musiciens. Son Puccini était exempt de toute vulgarité, avec une transparence dans l'orchestre et un fruité incomparables.»