Présenté cet été en «avant-première» à la Cinémathèque lors de son intégrale John Sayles, Casa de Los Babys connaît enfin une sortie commerciale… au seul Bio 72 de Genève/Carouge. Après Limbo, l'histoire se répète pour cet auteur, pourtant l'un des plus intéressants du paysage américain.

Même mineur, son dernier opus qui expose les tenants et aboutissants du marché de l'adoption vaut le détour. Durant une journée à Acapulco, on y découvre six Américaines qui attendent à l'hôtel-titre que leur demande arrive à terme – un peu comme une grossesse, sauf que les méandres de l'administration sont encore plus mystérieux que la voie biologique. On découvre également le point de vue mexicain à travers quelques personnages gravitant autour: un gamin des rues, la propriétaire de l'hôtel, son fils communiste, une femme de chambre qui a donné son enfant, un avocat malin et un guide tenté par l'émigration.

Cette fois pourtant, au contraire de Lone Star, la sauce ne prend pas vraiment. Sayles a beau distribuer informations et paradoxes au gré des dialogues, en prenant soin d'accorder à chaque personnage son «moment de vérité», cela sent l'application d'une recette. Comme si l'auteur s'était laissé dépasser par une narration trop complexe pour 1 h 35 de film. Restent un refus louable des simplifications, la générosité du regard et quelques beaux moments poétiques, signes d'un grand film possible mais inabouti.

Casa de los Babys, de John Sayles (USA 2003), avec Daryl Hannah, Marcia Gay Harden.