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A l'aéroport de Genève, des bagagistes volaient dans les valises

Deux employés de la compagnie Dnata ont été arrêtés. Ils sont suspectés d’avoir volé dans les bagages des passagers depuis plusieurs mois. Les faits incriminés ne seraient pas exceptionnels sur le tarmac de Cointrin

Lundi après-midi, la police de l’aéroport effectue une fouille inopinée des employés du tri. Il s’agit d’un contrôle aléatoire de sécurité, non du fruit d’une enquête en cours. Les policiers font mouche: deux employés de la compagnie Dnata sont en possession de biens indûment acquis, plus précisément des objets piqués dans les bagages des voyageurs. Une partie des faits est établie en collaboration avec les suspects: les larcins auraient lieu depuis plusieurs années, à l’insu des caméras de surveillance qui ménageraient de nombreux angles morts, et ils auraient concerné, au fil des mois ou des années, plusieurs employés. Au-delà du fait divers, l’affaire met en lumière des failles dans la sécurité de l’aéroport.

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La sécurité de l’aéroport de Genève est une source de préoccupation: elle a été mise en cause indirectement en mai de cette année avec l’inculpation de son chef de la sécurité pour attribution de contrats douteux à des sous-traitants. Avec ces vols dans les bagages, la réputation de l’aéroport prend un nouveau coup. Selon les premiers éléments, l’un des deux prévenus arrêtés lundi n’avait pas un casier vierge comme cela est normalement exigé pour les personnes ayant accès aux zones sensibles de l’aéroport. Le tri et le tarmac en font partie; pour y travailler, il faut un badge ad hoc: la carte d’identité aéroportuaire (CIA) délivrée par la sécurité de l’aéroport si le préavis des services de police est positif.

«Les lieux de travail ne sont pas tous surveillés»

P., un collègue des deux prévenus, qui préfère rester anonyme, s’étonne qu’un employé ait pu passer entre les mailles du filet; cependant, il était au courant des rumeurs: «Il y a des bruits, de plus en plus nombreux depuis l’été, sur des cas de vols dans les bagages. Et, à dire vrai, pour avoir travaillé dans ce secteur, je sais qu’il est facile d’ouvrir un bagage et d’échapper au contrôle. Les lieux de travail ne sont pas tous filmés ni même surveillés.» Selon diverses sources, les vols se seraient étalés sur une période de plusieurs années et auraient concerné plusieurs employés de la compagnie Dnata. Le Ministère public confirme l’interpellation des deux individus susmentionnés. L’enquête est en cours et, à ce stade, les avocats des suspects se refusent à toute déclaration.

Dnata n’est pas responsable de la sécurité, qui incombe strictement à Genève Aéroport (GA), aux compagnies privées sous-traitantes et à la police genevoise. Cependant, l’entreprise a défrayé la chronique pour les conditions de travail qu’elle impose à ses collaborateurs. 

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Pour P., ces dernières se sont sensiblement détériorées depuis deux ans. Sous-effectifs et horaires insoutenables imposés aux salariés sont la norme, le tout pour des salaires de misère: «Au tri, c’est entre 20 et 23 fr. 50 l’heure, brut bien sûr. Sept heures de boulot et une pause de 15 minutes non payée. Il n’y a évidemment pas de lien direct avec les crimes commis. La précarité des conditions de travail ne saurait justifier les vols, mais il est clair que des travailleurs sous-payés, maltraités et largement précarisés n’ont pas beaucoup de respect pour l’entreprise qui les exploite. Certains auxiliaires, qui n’ont pas d’horaire fixe et sont donc à disposition de Dnata en fonction des pics de travail, ne gagnent pas de quoi payer leur loyer.» L’entreprise Dnata n’a pas répondu à nos sollicitations.

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Sécurité non compromise

Du côté de l’aéroport, on insiste sur le fait qu’en aucun cas la sécurité n’a été compromise: «Celle-ci est garantie en tout temps grâce à des contrôles très stricts de toute personne passant du côté tarmac, ainsi que de tous les bagages. Pour rappel, toute personne qui traverse du côté «airside», à savoir du côté sécurisé, passe un contrôle rayon X», explique Madeleine von Holzen, cheffe du service communication et porte-parole de Genève Aéroport (GA). Et de préciser: «L’accès des personnes sur le tarmac est strictement réglementé. GA se prononce sur l’octroi des cartes d’identité aéroportuaires (CIA) et, si les conditions ne sont plus remplies, retire les CIA.»

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L’affaire en cours, que les autorités de GA ne commentent pas, montre pourtant l’existence de failles dans la sécurité des bagages, sinon de leurs propriétaires. «Sur une plateforme comprenant 11 000 employés, nous ne sommes pas à l’abri de comportements illégaux d’individus isolés. Des vols éventuels dans les bagages, aussi regrettables qu’ils puissent être, ne compromettraient en rien la sûreté à l’aéroport», nuance Madeleine von Holzen qui ajoute qu’il est impossible de «faire entrer des objets dangereux dans les zones sécurisées».

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