Allemagne

L’AfD et la boîte à outils rhétorique d’Hitler

Le chef du parti d’extrême droite AfD a usé selon des historiens allemands de la rhétorique d’Hitler dans une colonne pour le quotidien «Frankfurter Allgemeine Zeitung». L’AfD, affirment ses détracteurs, cherche à relativiser le nazisme, à quelques jours d’importantes élections régionales en Bavière

A quelques jours d’une élection régionale capitale dimanche en Bavière, l’AfD est de nouveau au centre d’une polémique autour du Troisième Reich. Le parti d’extrême droite, crédité de 14% des intentions de vote, est accusé par deux historiens de renom de recourir à la boîte à outils rhétorique d’Hitler, afin de relativiser le poids de la période nazie dans l’histoire allemande.

Le patron de l’AfD, Alexander Gauland, a écrit dimanche un texte sur le populisme, sous le titre «Pourquoi faut-il le populisme?», dans les pages «débat» du quotidien conservateur Frankfurter Allgemeine Zeitung. Il y dénonçait notamment l’absence de sentiment patriotique chez les élites, estimant qu’une «classe mondialisée» donne le ton sur le plan politique et culturel. «Les membres de cette élite se sentent citoyens du monde au sein d’une société parallèle», tandis que face à eux se trouveraient «ceux pour qui la notion de patrie est toujours une valeur, et qui sont les premiers à perdre leur patrie, car c’est dans leurs rangs que se glissent les migrants.»

C’est comme si Gauland avait posé le texte d’Hitler à côté de lui sur son bureau avant d’écrire son texte

Wolfgang Benz, historien spécialiste du nazisme

Dans un discours de 1933, Hitler avait dénoncé face aux ouvriers de Siemens à Berlin une «petite clique internationale sans racines, qui vit aujourd’hui à Berlin et demain à Bruxelles et ne se sent nulle part chez soi», tandis que le peuple serait, lui, «enchaîné à sa patrie, intégré à un Etat, à une nation.»

«C’est comme si Gauland avait posé le texte d’Hitler à côté de lui sur son bureau avant d’écrire son texte, estime l’historien spécialiste du nazisme Wolfgang Benz. Ce n’est pas un plagiat, mais une paraphrase. Gauland a tout simplement adapté la critique contre la «clique internationale» au langage contemporain en parlant de «classe mondialisée». Hitler fait voyager cette clique entre Berlin, Bruxelles, Paris, Prague, Vienne et Londres. Gauland entre Berlin, Londres et Singapour!»

Pour l’historien Michael Wolffsohn, «il est grave que Gauland signale à ses partisans cultivés qu’il connaît les discours et la plume d’Hitler et qu’il transpose aujourd’hui sur les adversaires de l’AfD les reproches adressés par Hitler aux juifs». Alexander Gauland avait récemment fait polémique en qualifiant les années du nazisme de «fiente d’oiseau» ou de «pipi de chat» selon les traductions, face à la «gloire de l’histoire millénaire germanique». Il avait également appelé les Allemands à être «fiers des soldats des deux guerres mondiales».

L'Allemagne s'inquiète

Face à la progression de l’AfD – parti né en 2013 pour dénoncer les plans de sauvetage de l’euro et lancé sur la dynamique anti-migrants depuis 2015 –, l’Allemagne s’inquiète. La démocratie allemande est-elle menacée par le spectre de la République de Weimar? Le débat fait rage chez les intellectuels à travers le pays. Début septembre, l’historien Michael Wildt se demandait dans le magazine Die Zeit si l’Allemagne était «menacée par un nouveau 1933», l’année de l’arrivée d’Hitler au pouvoir. Le même jour, le président de la République, le social-démocrate Frank-Walter Steinmeier, rappelait qu’un «pays avec une histoire comme la nôtre ne doit jamais oublier à quoi avait conduit le mépris pour la première démocratie sur le sol allemand». Une allusion claire à la première République allemande, née en 1919 à Weimar, en Thuringe, et balayée quatorze ans plus tard par le nazisme.

De fait, l’AfD semble adroitement entretenir le flou sur ses relations avec le nazisme. D’un côté, les chefs du parti, Alexander Gauland et Alice Weidel, multiplient à intervalles réguliers les propos dénonçant toute forme d’antisémitisme. Le week-end dernier, l’AfD donnait même naissance à une section juive, baptisée JAfD, forte de 24 membres, et destinée à dénoncer l’arrivée de migrants musulmans sur le sol allemand. L’initiative était aussitôt dénoncée par une vingtaine d’associations juives d’Allemagne. De l’autre, la direction tolère dans ses rangs la présence d’antisémites notoires comme Björn Höcke, un proche de Gauland, qui multiplie les dérapages verbaux. Comme lorsqu’il avait dénoncé la présence au sein de la capitale allemande d’un «monument de la honte», le Mémorial de l’Holocauste.

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