Agnès Varda nous a quittés le 29 mars, mais son esprit demeure. Mieux: il rayonne. La cinéaste est à l’honneur sur l’affiche du 72e Festival de Cannes, non dans la douleur du deuil mais dans l’éclat de la jeunesse éternelle. La réalisatrice a 26 ans. Elle est juchée sur le dos d’un technicien pour vérifier à l’œilleton le cadre d’une prise de vue en plongée, et cette acrobatie témoigne d’une passion pour le cinéma qui brûlera plus de soixante ans. Evidemment, certains puristes ronchonnent. Oui, la photo originelle, prise à Sète sur le tournage de La Pointe courte, le premier film d’Agnès Varda, comporte un troisième personnage, une assistante, qui a été effacé; la mer est plus basse et la scène ne baigne pas dans la lueur orangée d’un glorieux coucher de soleil. Et alors? Il ne s’agit pas de révisionnisme historique, Trotski effacé sur un cliché du Parti communiste, mais de communication. Le festival se range sous la bannière de la réalisatrice, se souvient d’avoir montré La Pointe courte le 10 mai 1955 et proclame un amour indéfectible du cinéma, relevé d’une touche féministe. L’affiche, malicieuse et grandiose, évoque quelque fable apocryphe de La Fontaine, genre La Cigale et l’Hippopotame: «Etant montée sur le placide ruminant / L’artiste découvrit l’horizon rayonnant.»