Ceux qui l'apercevaient traverser Genève, en manteau de tissu bogolan, n'imaginaient pas la hauteur de son destin. Il apparaissait avec toujours le projet de revenir à la musique. Paco Yé s'est éteint il y a quelques jours sur une terre qui était davantage pour lui qu'une terre d'exil. Depuis vingt ans qu'il vivait en Suisse, qu'il y avait vu naître ses deux filles, il s'était acclimaté, presque intégré au décor. En 1982, il avait débarqué en Suisse amoureux, et l'arrivée d'un danseur burkinabé en Cité de Calvin n'allait pas de soi.

La mort de Paco Yé, suite à une hémorragie intestinale, alors qu'il n'avait pas fêté ses 40 ans, laisse un drôle de goût dans de nombreuses bouches. Dans celle de Mani Sanou, son ami d'enfance, qui a partagé les premiers pas de danse de ce prodige en mouvement. Au Burkina Faso, à Bobo-Dioulasso, en plein quartier de Bolomakoté, où les musiciens viennent aujourd'hui de toute l'Afrique pour apprendre à faire sonner les peaux. «Il avait un don exceptionnel», dit Mani. «Ceux qui l'ont connu parlent encore de lui.» Danseur génial, joueur de djembé rare, Paco Yé a su transmettre à l'orchestre Farafina le charisme suffisant pour en faire une formation de premier plan.

Ainsi, au sein du collectif, il vit l'ère des triomphes. La rencontre avec Peter Gabriel, Ryuichi Sakamoto et même les Rolling Stones lors d'un concert en 1989. Il joue dans les deux enregistrements historiques du combo (Bolomakoté et Faso Denou sur Real World). A cette époque, Farafina participe largement à la diffusion des musiques africaines au nord. En 1990, harassé par cette vie de tournées, il quitte le groupe. Après un accident au Burkina, il ne peut plus danser. «Il avait trop de talent», conclut Mani Sanou, d'une expression africaine qui dit autant l'outrance que l'admiration.

Un hommage à Paco Yé sera rendu aujourd'hui par le groupe Farafina. Ilot 13, Genève, 16 heures.