Après des années de déni sous la présidence de Thabo Mbeki (1999-2008), le nouveau président élu en mai se veut à la pointe du combat contre le sida dans ce pays, le plus touché au monde par la pandémie. A partir d’avril, tous les bébés de moins d’un an porteurs du virus recevront gratuitement un traitement dans les établissements publics et les femmes enceintes seront traitées plus tôt pour prévenir toute transmission du VIH à leur nouveau-né. «Cette décision permettra de réduire progressivement la mortalité infantile», a déclaré le président lors d’un discours à la nation. Pour l’instant, les antirétroviraux (ARV) ne sont fournis aux enfants, femmes enceintes et tuberculeux qu’une fois que la maladie a significativement réduit leurs cellules immunitaires.

Jacob Zuma a également appelé la population à se soumettre à des tests de dépistage, annonçant qu’il s’y plierait lui-même prochainement. «Les tests de dépistage se font sur la base du volontariat et sont confidentiels. Nous savons que ce n’est pas facile», a-t-il dit. Mais «je vous conseille vivement de commencer à prendre vos dispositions pour effectuer votre test.»

Les nouvelles mesures, qui prévoient aussi un renforcement des centres de soins dans le pays, s’inscrivent dans la volonté du gouvernement de réduire de moitié le nombre de nouvelles infections par le VIH d’ici 2011. Dans ce pays, le sida touche 5,7 millions de Sud-Africains, dont 280’000 enfants, sur 48,7 millions d’habitants. «Qu’est-ce que tout cela veut dire? Cela signifie que nous allons traiter un plus grand nombre de séropositifs. Cela signifie que les gens vont vivre plus longtemps et s’épanouir davantage», a souligné Jacob Zuma, sans préciser les moyens mis en œuvre ni le nombre de personnes concernées. «Ca ne veut pas dire que les gens ne doivent pas utiliser de préservatifs de manière systématique et correcte durant chaque rapport sexuel», a prévenu le chef de l’Etat.

Un changement de ton notable par rapport à des déclarations de 2006 qui avaient déclenché une vive polémique. Alors qu’il était à la tête du Conseil national de lutte contre le sida, Jacob Zuma avait affirmé avoir pris une douche après avoir eu des rapports sexuels non protégés avec une séropositive afin de «minimiser» le risque de transmission du virus.

Sous la présidence Mbeki, l’Afrique du Sud a été vivement critiquée pour ne pas faire assez contre la pandémie, le chef de l’Etat ayant longtemps rechigné à distribuer les ARV à sa population. Sa ministre de la Santé, Manto Tshabalala-Msimang, avait gagné en 2006 le sobriquet de «docteur Betterave» en prônant une alimentation riche en fruits et légumes plutôt que l’usage de ces médicaments. Son départ a entraîné un revirement des autorités et l’Afrique du Sud dispose aujourd’hui du plus important programme de distribution d’ARV gratuits. Malgré tout, la première puissance du continent africain compte au moins un million de personnes qui n’ont pas accès à ce traitement et 1,5 million d’orphelins du sida.

Suite à la demande de Jacob Zuma, les Etats-Unis ont annoncé mardi un don supplémentaire de 120 millions de dollars pour acheter davantage d’ARV.