L’âge d’or retrouvé au pays des papiers découpés

Laure-Isabelle Blanchet crée «La Ligne de Chance» au Théâtre des marionnettes de Genève. Un parcours initiatique qui puise aux sources de la mythologie helvétique

Les contes appartiennent à tout le monde. Encore faut-il s’en souvenir, et continuer à y puiser ce qu’ils ont à nous offrir, toujours: un secours, une force, un appétit renouvelé pour la vie. Laure-Isabelle Blanchet croit aux vertus des contes. Sa nouvelle création, La Ligne de Chance, est irriguée par des histoires du patrimoine suisse qui demeurent peu connues.

Quel ravissement pour les petits spectateurs du Théâtre des marionnettes de Genève de découvrir ce loup mélomane ou cette vouivre à l’œil puissant évoluer dans un décor inspiré de l’art des papiers découpés, si cher au Pays-d’Enhaut. Aux côtés d’un conteur vibrant (Khaled Khouri), la marionnettiste genevoise tisse le fil d’un récit prenant à travers des tableaux d’une grande beauté.

Ce qui séduit d’emblée, c’est l’art du conteur de créer une atmosphère douce et intime. Sa voix est enveloppante, ses gestes précis. Il parle d’un temps où les hommes et les animaux partageaient les fruits de la terre. A côté d’un village, coulait une rivière. Une bille lancée dans un grand bol fait résonner les clapotis, on ressent soudain toute la fraîcheur de cette oasis. Mais ce paradis, où «on pouvait se coucher dans les pétales des fleurs», s’est évanoui. La faute aux hommes qui ont voulu s’accaparer les trésors de la nature.

La naissance de l’héroïne, prénommée Chance, est marquée par cette fin de «l’âge d’or» que l’on retrouve dans la mythologie suisse. Venue d’ailleurs, la famille de la fillette est bannie du village. Alors, quand sa mère tombe gravement malade, Chance se tourne vers la nature, persuadée d’y trouver un remède miraculeux.

La mise en scène enchante par les différents plans qu’elle déploie. Au premier plan, le conteur-bruiteur; derrière lui, à l’intérieur d’un cadre noir, se détachent sapins et chalets. On reconnaît l’esthétique des papiers découpés dont Johann Jakob Hauswirth, notamment, fut un maître incontesté au XIXe siècle. Laure-Isabelle Blanchet est à la manœuvre, c’est elle qui plante ces formes amovibles sur des lignes horizontales ou obliques. Elle donne aussi vie aux marionnettes façonnées par Pierre Monnerat.

Chance ne reculera pas devant la vouivre, ce dragon mythique honni par les hommes. Leur face-à-face sur fond rouge feu est saisissant. La délivrance est à ce prix.

La marionnettiste saute à présent hors du cadre noir, aérienne: «Les histoires, ça tire des lignes entre les gens, les temps et les mondes.» Quelle aubaine pour le jeune public d’avoir arpenté ces terres fertiles avec la petite Chance.

La Ligne de Chance. Théâtre des Marionnettes de Genève. Dès 4 ans, 45 min. Jusqu’au 21 décembre. 022 807 31 07, www.marionnettes.ch