Lahav Shani, baguette prometteuse

Beau succès pour ce jeune chef israélien de 26 ans qui a remplacé Kazuki Yamada à la tête de l’OSR, jeudi soir au Victoria Hall de Genève

Il a 26 ans, c’est un protégé de Daniel Barenboïm. Lahav Shani a recueilli un beau succès, jeudi soir au Victoria Hall de Genève, après avoir dirigé la Symphonie «Du Nouveau Monde» de Dvorák. Ce jeune chef israélien remplaçait Kazuki Yamada, obligé de renoncer au concert «pour des raisons personnelles et familiales». Il avait remporté en 2013 le concours de direction d’orchestre Gustav Mahler de l’Orchestre symphonique de Bamberg. Et déjà, sa maturité avait impressionné.

Ce qu’il y a d’incroyable, c’est que Lahav Shani dirige tout le programme par cœur! Les extraits de Casse-Noisette de Tchaïkovski laissent déjà entendre qu’il a une fine oreille pour les nuances et les timbres. Son geste est élégant, il n’en fait pas trop. Il imprime un phrasé qui respire à la «Danse arabe» et de beaux élans à la «Valse des fleurs», aux cordes plantureuses.

Laura Aikin était attendue dans le Concerto pour soprano colorature et orchestre de Reinhold Glière. Cette partition extrêmement sollicitante déroule des vocalises à perte de vue. La cantatrice américaine n’a certes pas la voix pulpeuse d’une Anna Netrebko. La ligne est un peu hachée, et les aigus sont un peu tirés et acides, mais le timbre est coloré (dans le médium surtout) et la cadence finale, avec la flûte, extraordinairement maîtrisée.

Entre fougue et sérénité

Dans la Symphonie «Du Nouveau Monde» , Lahav Shani développe de beaux climats. Il évite toute emphase, parvient à gérer les transitions, entre accalmies et fougue. Certes, on relève des flottements et imprécisions, au pupitre des cuivres en particulier – il doit encore s’affirmer un peu. Le mouvement lent réserve des atmosphères sensibles et bien senties, et le «Finale», aux contrastes saillants, s’appuie sur une pulsation ferme et souple à la fois. Une chose est sûre: ce jeune chef a du talent et pourrait aller loin.