Aller au contenu principal
Encore 1/5 articles gratuits à lire
Lahav Shani, une jeune baguette qui monte avec assurance et finesse.
© DR

Classique

Lahav Shani devant Radu Lupu

Le jeune chef israélien a donné une formidable «Symphonie n° 2» de Brahms avec l’OSR, après que le pianiste Radu Lupu a paru fatigué dans Beethoven

On n’aime pas ça. Une grande personnalité musicale qui affronte un creux de vague, c’est douloureux. Voilà le sentiment qui s’imposait mercredi soir au Victoria Hall. Radu Lupu, invité en soliste à l’OSR dans le 4e Concerto de Beethoven, était une promesse de grand concert. La soirée fut belle, mais plus grâce au jeune chef Lahav Shani que par l’intervention du célèbre pianiste roumain.

A part quelques passages où l’on pouvait retrouver sa hauteur de vue et ses divins pianissimi, tant dans Beethoven que dans le 3e Impromptu de Schubert donné en bis, Radu Lupu a enchaîné les maladresses, moments de flottements, accents de la main gauche pour cacher une main droite faiblissante, mélodies chuchotées pour ne pas dire balbutiantes, ou assénées pour ne pas dire brutalisées. De toute évidence, le pianiste n’était pas en forme. L’apprendre récemment malade avait quelque chose de rassurant: sa méforme devrait être passagère.

La belle surprise, c’était Lahav Shani. Le jeune chef israélien, venu en mai 2015 diriger un concert de l’OSR en remplacement de Kazuki Yamada, s’était fait remarquer dans la Symphonie «Du Nouveau Monde» de Dvorák et des extraits du Casse-noisette de Tchaïkovski.

Lire: Lahav Shani, baguette prometteuse

Il apparaissait alors, à 26 ans, comme une baguette prometteuse. Trois ans plus tard, c’est un chef déjà affirmé qui reparaît sur la scène genevoise. Prendre les rênes du Philharmonique de Rotterdam à la suite de Yannick Nézet-Séguin en septembre prochain, puis celles du Philharmonique d’Israël après Zubin Mehta en 2020, dit mieux que tout le chemin parcouru…

On l’écoute, on le suit

Après un accompagnement prudent dans l’œuvre concertante donnée en première partie de soirée, Lahav Shani a offert une formidable lecture brahmsienne. Sa présence, son discours et son geste s’imposent. Il ne lâche rien mais ne force rien. Il est là, on l’écoute, on le suit. Sa 2e Symphonie chante fin, haut et large.

Le chef resserre les passages vifs dans une irrésistible électricité corporelle. Mais la lenteur et la tendresse ne lui font pas peur. Il donne son temps au son et déroule les lignes jusqu’au bout, dans une suavité généreuse.

Sans tomber dans le romanesque ou le pathos, Lahav Shani libère les fameuses mélodies thématiques avec grâce, mais énergie. La malléabilité sonore de l’OSR s’en trouve mise en valeur dans son ensemble, rassemblé dans un bel élan, comme dans ses parties solos, soutenues par des musiciens en grande forme.

On a hâte de retrouver ce talent montant qui manie la palette des dynamiques et maîtrise les flux sonores comme peu de ses contemporains.

Publicité
Publicité

La dernière vidéo culture

Comment faire peur au cinéma?

Du «Voyage sur la Lune» à «La nonne» en passant par le «Projet blair witch»: comment le film d'épouvante est-il né et comment ses codes ont-ils évolué au fil du temps? Décryptage en images

Comment faire peur au cinéma?

n/a