Classique

Lahav Shani, un chef au bel avenir

Nouveau directeur musical de l’Orchestre philharmonique de Rotterdam, le jeune chef israélien a été acclamé vendredi soir au Victoria Hall de Genève dans Brahms. Il accompagnait par ailleurs le doyen des violonistes, Pinchas Zukerman, dans Max Bruch

Sous ses airs encore juvéniles, c’est un chef très mûr. A 29 ans, Lahav Shani vient de succéder à Yannick Nézet-Séguin à la tête de l’Orchestre philharmonique de Rotterdam; il prendra la direction musicale de l’Orchestre philharmonique d’Israël dès la saison 2020-2021. Il a conquis le public vendredi soir au Victoria Hall de Genève, lors d’un concert où il accompagnait par ailleurs le doyen des violonistes, Pinchas Zukerman, dans le fameux Concerto de Max Bruch.

Lahav Shani est non seulement chef d’orchestre, mais aussi pianiste, comme il l’a prouvé lors d’un bis «surprise» avec Zukerman juste avant l’entracte. C’était amusant de les voir sur le côté de la scène, près des musiciens, le pianiste marquant les sforzandi avec insistance pour faire ressortir l’humour caustique dans le Scherzo de la Sonate pour violon et piano en ut mineur opus 30/2 de Beethoven.

Sensibilité et assise

Le concert avait commencé par le diptyque symphonique Hiver-Printemps d’Ernest Bloch. Cette œuvre de jeunesse, qui date de 1905, regorge de fines couleurs orchestrales, évoquant au passage Mahler et Debussy. On perçoit tout de suite la sensibilité de Lahav Shani, sa capacité à étager les plans sonores et à tirer des sonorités pianos de l’orchestre. Dans le Concerto de Max Bruch qui suivait, le jeune chef a apporté un supplément de fougue au violon certes flatteur mais un peu gras de Pinchas Zukerman. Le son se veut riche, lyrique, très vibré, obéissant à une certaine école israélo-américaine, mais il y manque quelques finesses. Quant aux attaques, elles paraissent un peu molles. Dans l’Adagio, Zukerman joue soudain piano et tire des sonorités mordorées de l’archet, mais d’une manière générale, on aurait souhaité une palette de dynamiques plus nuancée pour varier le propos.

Hauteur de vue

Le meilleur était dans la Quatrième Symphonie de Brahms en deuxième partie. D’emblée, Lahav Shani imprime une belle pulsation au premier mouvement; il fouille la polyphonie (les voix secondaires) sans perdre de vue l’architecture globale. Chaque épisode est intégré au suivant dans une approche organique de l’œuvre. S’il se refuse à tout alanguissement, le jeune chef israélien ose quelques rubatos, comme à l’incipit de l’œuvre. Certes, il apprendra à assouplir encore sa vision, mais cette hauteur de vue, cette capacité à varier les climats, avec sensibilité, intelligence, impressionnent. On admire sa gestique économe et expressive à la fois, la main droite battant la mesure, la gauche donnant des indications de caractère.

Un orchestre aux belles sonorités

L’Orchestre philharmonique de Rotterdam est un bel instrument. Cordes tour à tour soyeuses et chauffées à blanc, excellent pupitre de cuivres, bois champêtres: on y distingue une sonorité un peu «Mittel Europa» qui correspond bien à l’esprit de Brahms. La chaconne finale – si difficile avec ses microclimats – est magnifiquement servie. C’est à peine si le son paraît un peu fort par moments, mais cette fougue-là a conquis le public, enthousiaste. On espère que cette flamme prometteuse s’épanouira sans être trop mise sous pression par le marketing et la course au succès.

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