Si l’avènement des robots a depuis longtemps été annoncé, le philosophe Michel Serres aime bien rappeler qu’au moment de ses études, ses camarades souhaitaient tous s’orienter vers la robotique car les engins automatiques promettaient d’envahir rapidement le monde. C’était dans les années 1950…

Il n’empêche, cette fois les robots sont là: il y a eu plus d’investissements en 2015 dans ce domaine que durant le demi-siècle précédent. L’intelligence artificielle (IA) se loge dans un nombre croissant de nos activités. Et les chercheurs préviennent que, d’ici à trois ans, les robots seront littéralement partout au point de s’être confondus avec notre quotidien. Personne ne se souviendra alors de la vie d’avant.

Les robots ont la capacité de tout changer. Pas seulement de nous interroger de manière philosophique sur l’intelligence, le vivant et la part d’âme que pourrait avoir un tas de ferraille et de haute technologie. L’IA pourrait bien bousculer toute notre organisation sociale. Fera-t-on l’amour et la guerre avec les robots? Auront-ils des droits? Ne deviendrons-nous pas trop dépendants de ces super-assistants? Si les robots nous remplacent au travail, faudra-t-il prévoir la fin des jobs et un nécessaire revenu minimum de base versé par l’Etat?

Cette idée-là séduit de nombreux milieux: des entrepreneurs de la Silicon Valley capables de compter en stock-options aux idéalistes de gauche (un goût de fin de l’aliénation?) comme de droite (la fin de la bureaucratie avec un Etat minimaliste?). Et les Suisses voteront bientôt à ce sujet. Mais faut-il déjà anticiper la fin du travail à cause des robots alors que dans un système dynamique comme l’économie, il y aura certes des pertes de places de travail mais forcément aussi de nouveaux gisements d’emplois?

Avec les robots qui arrivent en force, il faut ouvrir les débats mais ne rien décider trop hâtivement. La Suisse, qui vient de décider contrairement à l’UE qu’il ne sert à rien de légiférer spécifiquement contre les drones potentiellement utilisés par les terroristes, montre la voie. Les discussions commencées chez les scientifiques se propagent dans tous les domaines et elles s’avèrent très stimulantes. Mais laissons venir les robots avant d’imaginer le pire comme dans un mauvais film de science-fiction.