Classique

Lalive, sponsor à cordes depuis 20 ans

Depuis 1997, la Fondation Lalive prête violons, altos et violoncelles haut-de-gamme à de jeunes talents peu fortunés afin qu'ils développent leur potentiel. Un concert-anniversaire célèbrera dimanche deux décennies d'échange

Qui dit virtuosité dit instrument de qualité. En tout cas, c’est la philosophie qui anime la Fondation Lalive depuis deux décennies. Basée à Genève, celle-ci propose à de jeunes musiciens, en formation au Conservatoire ou au sein des différentes Hautes Ecoles de Musique suisses, d’emprunter gratuitement un instrument à corde de qualité pour toute la durée de leurs études.

Passionné de musique de chambre, Jean-Flavien Lalive, père de l’étude genevoise du même nom, fonde l’institution en 1997 avec sa femme Elisabeth. Ils constituent alors un stock de violons, d’altos et de violoncelles haut de gamme, le plus souvent fabriqués par des luthiers locaux (jusqu’à 60’000 francs pièce), dans le but d’en faire profiter des élèves doués qui n’auraient jamais pu se les offrir.

«Il s’agit de prêts provisoires, mais ceux-ci servent de relais en attendant que le musicien soit suffisamment indépendant pour acquérir son propre instrument», détaille Philippe Dinkel, directeur général de la HEM Genève, l’un des principaux bénéficiaires de la fondation et membre de son comité.

Remédier à l’injustice

En vingt ans, ce sont ainsi plus de 28 instruments et presque autant d’archets qui ont vibré entre les mains de 130 étudiants. Des profils divers mais surtout précaires. «Nous accueillons des élèves qui viennent de loin, du Venezuela, d’Ouzbékistan… Ou alors de familles divisées et désargentées, raconte François Guye, professeur de violoncelle au Conservatoire de Genève et membre de la commission des candidats. Ils ont fait de grands sacrifices pour en arriver là et ont du potentiel, mais ne peuvent l’exprimer. Alors nous essayons de remédier à ces injustices».

Pour François Guye pas de doute, un bon instrument peut faire fleurir un talent. «Ça ne fera pas d’un étudiant moyen un Meluhin. Mais à l’image des horlogers, les musiciens travaillent le son avec finesse et précision, ce qui exige un outil de qualité».

Plusieurs de ses élèves ont déjà bénéficié des prêts Lalive. C’est le cas de Coralie Devars, jeune Française arrivée en 2005 à Genève pour y étudier le violoncelle. Elle a alors 21 ans et ne peut s’offrir un instrument digne de ce nom. François Guye lui propose alors de passer les auditions. «J’ai été retenue et ai pu choisir un violoncelle allemand anonyme du XIXe siècle. Un magnifique instrument que j’ai gardé trois ans, période durant laquelle j’ai passé plusieurs concours d’orchestre. Il m’a été d’une aide précieuse, puisque j’ai finalement décroché une place au sein de l’Orchestre de Chambre de Genève».

Métiers fragilisés

C’est toutefois avec un autre violoncelle, qu’elle a pu acheter elle-même, que Coralie jouera dimanche aux côtés d’autres bénéficiaires et membres du comité de Lalive. Un concert dédié aux cordes, évidemment, qui s’épanouiront sur la symphonie pour violon et alto de Mozart et le concerto de Vivaldi pour deux violoncelles et trois violons.

Festif, l’événement vise surtout à rendre visible le travail de la Fondation, plus sollicitée que jamais. «Le nombre de demandes ne cesse d’augmenter et notre stock ne suffit plus à y répondre», relève Philippe Dinkel, qui voit dans cette situation le reflet d’une fragilisation des métiers de la musique en général. «Nous espérons donc intéresser de nouveaux mécènes, qui aiment la musique et sont prêts à investir dans la relève».


Concert de la Fondation Lalive dans la grande salle du Conservatoire de Genève, dimanche 19 novembre à 17h. Entrée libre.

Publicité