Des Who, les jeunes gens d'aujourd'hui ne connaissent souvent que le générique du feuilleton télévisé du dimanche soir Les experts, introduit par «Who Are You», et, peut-être, «Behind Blue Eyes», redevenu un tube, en 2004, entre les mains des «métalleux» de Limp Bizkit. Vingt-cinq ans d'inactivité discographique ont creusé le fossé générationnel.

Pas sûr que le retour inattendu d'un des groupes qui inventèrent le rock anglais, aux côtés des Beatles et des Rolling Stones, convertisse une nouvelle tranche d'âge. Mais les vieux fans auront de bonnes raisons de tendre l'oreille à l'écoute d'Endless Wire, nouvel album d'un groupe devenu désormais un duo, formé de Pete Townshend et Roger Daltrey.

Le disque demandera quelques écoutes pour être aimé. Loin de l'instantanéité de leurs hits «mods» des années 1960 («My Generation», «Can't Explain»), les Who renouent en partie avec la complexité de leurs «concept-albums», Tommy (1969), ou Quadrophenia (1973). Une petite moitié du disque est d'ailleurs consacrée à un «mini-opéra», Wire & Glass, où s'enchaînent dix titres concis.

Endless Wire s'ouvre sur un rappel des années 1970, avec un morceau, «Fragments», citant les sautillants synthétiseurs de Baba O'Riley. L'emphase et l'aspect tourmenté qui avaient gagné les Who à cette époque planent sur ces nouvelles chansons. Mais ce qui les protégeait de la prétention du rock progressif des seventies les préserve encore à peu près aujourd'hui: un allant farouche, une intelligence.

Celle de Pete Townshend, un des auteurs-compositeurs les plus passionnants de l'histoire du rock, obsédé depuis toujours par l'instabilité chronique de la génération des baby-boomers, observateur aigu du destin de cette musique.

Un style unique

Roger Daltrey continue d'être la voix des tensions et des questionnements de son complice. Une voix marquée par l'âge. Sa puissance d'incarnation peut encore faire des étincelles («Mike Post» «Theme», «Man in a Purple Dress»), mais trop souvent son timbre s'étrangle douloureusement («2000 Years», We Got a Hit).

Townshend, lui, pète le feu. Guitariste rythmique au style unique, il alterne sécheresse acoustique et riffs électriques, à la fois rudes et épiques (en particulier dans «Wire & Glass»). Au chant, il excelle comme toujours dans les chœurs, mais il s'offre aussi, en leader, sur un mode folk, deux des plus émouvants titres de l'album: «God Speaks of Marty Robbins» et «You Stand by Me».

Bien sûr, le groupe sera éternellement orphelin de la folie de Keith Moon, batteur mort en 1978, et de la virtuosité baroque de John Entwistle, bassiste décédé en 2002.

Mais, sans doute rapprochés par les épreuves, les deux Who survivants livrent aujourd'hui un disque plus dense et inspiré que la dernière demi-douzaine d'albums des Stones.

Endless Wire, The Who, 1 CD Polydor/Universal.