Le Juif Süss, film de propagande antisémite réalisé en 1940 par Veit Harlan, est peut-être le film le plus honteux de l’histoire du cinéma allemand. Piloté par Goebbels pour légitimer la solution finale, cette horreur raciste donne lieu aujourd’hui à un film à 30 millions d’euros, coproduction germano-autrichienne, notamment sous l’égide du provocant Ulrich Seidl (réalisateur de Hundstage et Import/Export), et réalisée par l’Allemand Oskar Roehler qui n’est pas non plus un enfant de chœur puisque c’est lui qui signa, en 2006, une adaptation des Particules élémentaires de Michel Houellbecq.

Sachant que leur film, en compétition à la Berlinale, raconte de surcroît comment le comédien Ferdinand Marian fut contraint par Goebbels d’incarner le rôle principal contre toutes ses convictions, le cinéma allemand semblait devoir proposer là un mea culpa plus remuant encore que La Chute sur les derniers jours d’Hitler. Sauf qu’on ne secoue pas le cocotier historique si librement que ça lorsque 30 millions d’euros sont en jeu.

Bien coiffé et sans originalité, Le Juif Süss – Film ohne Gewissen s’apparente donc d’abord à un luxueux téléfilm. Il produit peu de moments cinématographiques et s’applique surtout à servir un scénario épouvantablement bavard, ainsi que le jeu outré des acteurs, en particulier celui de la star locale Moritz Bleibtreu, très Louis de Funès malgré lui dans son incarnation de Goebbels. Une occasion perdue, même si le succès sera au rendez-vous. T. J.