Il suffit parfois d’un alto solo pour méduser le public. Tabea Zimmermann a été ovationnée, mardi soir à la Salle Métropole de Lausanne, après le Concerto pour alto de Penderecki suivi de deux bis étourdissants. Il fallait entendre le Capriccio «Hommage à Paganini» d’Henri Vieuxtemps puis le quatrième mouvement de la Sonate Opus 25 No 1 de Hindemith. L’altiste allemande impressionne par une vaste palette de nuances, tour à tour élégiaque, lunaire, fébrile et emportée.

Joshua Weilerstein, nouveau chef titulaire de l’OCL, a aussi fait forte impression. L’«American boy» est décidé à entrer en interaction avec le public. En préambule, il a livré un speech en langue française pour situer les œuvres du concert. Stratégie de marketing à l’américaine? Pas du tout. Joshua Weilerstein veut dépoussiérer le rituel du concert classique. Il le fait avec fraîcheur (et avec son accent anglophone!). Il somme le public à ne pas applaudir entre The Messenger de Valentin Silvestrov (1996), œuvre truffée de références à Mozart, et la 38e Symphonie «Prague» qui suit. «La musique de Mozart est comme entendue derrière un voile, avec de l’ombre et du vent», explique-t-il.

Dans la 98e Symphonie de Haydn qui ouvrait la soirée, le jeune chef ménage des contrastes et des surprises. Une interprétation stylée, aux accents saillants, sans pour autant dégraisser le son dans l’optique d’imiter les instruments d’époque. Les attaques sont franches, puis il détend la sonorité pour obtenir des textures plus aérées. L'«Adagio» est ponctué de modulations dramatiques. Le «Menuet» a du jarret et le finale est enlevé. A un moment donné, Joshua Weilerstein fait mine de poser le dernier accord… mais l’œuvre n’est pas finie! Il reprend comme si de rien n’était, et la musique se poursuit avec des interventions du premier violon solo (à l’intonation un peu imprécise) et un solo de clavecin.

Le Concerto pour alto de Penderecki (1983) commence dans la noirceur. C’est une œuvre sombre, tourmentée, bâtie sur des bribes de motif à l’alto. Le dialogue est serré entre la soliste et l’orchestre, ponctué par des déflagrations sonores, mais cette musique reste toujours éminemment expressive. Il y a un effet de transfiguration à la fin que Tabea Zimmermann suggère très bien, comme si la tension s’évanouissait après les embûches rencontrées au fil de l’œuvre.

The Messenger pour cordes et clavier électronique de Silvestrov est d’une tout autre nature. La partition convoque des réminiscences fugaces de Mozart – une pièce intrigante, poétique, quoique un peu anecdotique… La Symphonie «Prague» nous ramène en terres plus fermes. Le chef américain la dirige avec élan et élégance. Il prône un naturel qui confère un rayonnement lumineux à Mozart, soulignant par ailleurs les accents dans l’introduction du premier mouvement (aux cuivres hélas un peu approximatifs). A peine quelques mois après avoir pris les rênes de l’OCL, Joshua Weilerstein s’impose par son enthousiasme juvénile et son talent. Ultime cadeau: un Adagietto de Bizet joué avec délicatesse.