Culture

Quand Lama plus fâché…

Bien que très noir, c'est un Serge Lama apaisé, mûr, épuré, qui nous revient à «l'âge d'horizons»

Chanson. Serge Lama. L'Age d'horizons.(Warner)

A l'âge exact de l'AVS, un nouvel homme est né, qui vient de livrer le disque qu'on n'attendait plus. Ponctuée de quelques perles perdues dans un océan de pompe à la limite du réactionnaire, la carrière de Serge Lama, dirait-on, commence, débarrassée de ses paillettes autrefois trop enjouées ou trop à la peine.

Et pourtant, ces chansons-là sont des formes de bilans, presque testamentaires. Car «un jour sonne la fin des clameurs», entonne Lama dans l'inaugural, programmatique et très réussi «D'où qu'on parte». Longtemps captif du doigté en noir et blanc, le bravache au panache noir, sombre, livre au pas de charge ses javas et ses ballades dans de nouvelles couleurs, orchestrées par l'accordéoniste Sergio Tomassi.

Des cordes très classiques, des rythmes qui percutent: enrobés dans une belle épure, ces titres apaisés aux mélodies toujours vivaces séduisent, portés par un timbre de stentor revenu de ses excès, avec juste ce qu'il faut de rocaille pour demeurer fidèle. Toujours chaleureux, profond jusqu'au viscéral qui cogne bien.

Sans plus de colère, gagnant en fluidité comme en sérieux, Serge Lama n'a sans doute jamais aussi bien manié sa plume, que ce soit dans le poétique maîtrisé («Les filles d'Abraham»), dans la gouaille érotique («Que viva Vivaldi») ou dans le texte engagé, finement chargé de critique contre les figures de la modernité consensuelle («Grosso Modo»).

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