Elles se sont connues à l’orphelinat. Et puis la première a mis les voiles, la seconde, pris le voile. Elles se retrouvent enfin. En attendant les visas qui leur permettront de partir ensemble, Alina séjourne au monastère. Voichita a maintenant Jésus dans le cœur. Se sentant rejetée, Alina fait une tentative de suicide.

En 2007, Cristian Mungiu créait la surprise en remportant la Palme d’or à Cannes avec 4 mois, 3 semaines, 2 jours. Ce film d’une grande force et d’une virtuosité époustouflante marquait le renouveau du cinéma roumain. Au-delà des Collines (Dupa Dealuri) reconduit la grammaire envoûtante des longs plans-séquences et raconte un nouveau destin féminin.

Délaissant toute forme de musique, la bande-son intègre, en un bruissement continu, cris d’animaux, ronronnements de moteur, tintements de cloches, grincements du fer et du bois… Ce pandémonium parachève l’impression d’étouffement suscitée par le carcan de la folie et les entraves de la religion.

Lorsque, caméra à l’épaule, il cavale derrière ses personnages, Cristian Mungiu donne l’impression de faire du reportage de terrain. Or, il compose des plans d’une grande rigueur formelle. Certains renvoient à la peinture sacrée, d’autres cultivent le grotesque comme celui de la mère supérieure et de la mère adoptive réunies autour d’un ours en peluche géant, doudou obsolète d’une fille mal aimée.

Mourir d’amour

Il n’y a pas de salauds. Le médecin croit bien faire en renvoyant Alina au calme de la vie monastique, le prêtre, en pratiquant un exorcisme. L’hypothèse de la schizophrénie est plausible mais trop confortable. Car c’est d’amour que meurt Alina. Son dernier regard, extatique, pour Voichita ne trompe que les aveugles du cœur: Au-delà des collines est une histoire d’amour fou.