Elle est précieuse, délicate, entièrement faite de plumes rouges et roses, fragile, étroite et très petite, conçue pour un corps frêle. Venue du Danemark auquel elle appartient, miraculeusement protégée depuis le XVIe siècle et maintenant seule dans sa cage de verre, la somptueuse cape Tupinambá se tient au bord de l'histoire du Brésil où elle n'a pas encore été admise.

Installés dans leur oca (case indienne) – un bâtiment de béton en forme de coupole – les arts indigènes se trouvent placés dans le prolongement de la préhistoire et de l'archéologie: mis à part, considérés avec froideur et distance comme un ensemble de curiosités – ce que trahit la scénographie, ses écrans et ses voiles. A la différence des expositions d'art populaire, afro-brésilien ou baroque, ici aucune connivence, mais une collection d'objets juxtaposés que l'on découvre sans surprise.

Cinq millions avant l'arrivée des Portugais, les indigènes, au nombre de 300 000 aujourd'hui, répartis en quelque deux cents peuples, contre 900 000 à l'époque, n'ont toujours pas de place reconnue à l'intérieur du melting-pot brésilien. Leur art est pourtant bien présent et vivant, parfaitement lisible dans l'ensemble de l'art populaire que leur culture imprègne profondément et continûment. Comme eux-mêmes sont présents, même s'ils l'ont oublié, dans le corps, le visage, les mains d'une grande majorité de paysans brésiliens.