Cinéma

«L’Ame du tigre», ou le poids des traditions

Le Fribourgeois François Yang se confronte, dans son premier long-métrage de fiction, à la culture chinoise

En 2009, François Yang filmait dans son documentaire «Rêve de Chine» l’exil d’une famille fribourgeoise s’installant pour une année en Chine. De ce projet est né son envie de s’immerger un peu plus dans la culture chinoise, de tenter de comprendre un pays dont son père est originaire mais qu’il connaissait finalement très mal. «L’Ame du tigre» est son premier long-métrage de fiction, et il y raconte comment un jeune Franco-Chinois, Alex, va devoir composer avec des traditions qui lui sont étrangères à la suite de la mort accidentelle de son frère.

François Yang a lui-même perdu un frère lorsqu’il avait 16 ans. Il a grandi à Fribourg, loin de la culture chinoise. «L’Ame du tigre» a donc une indéniable dimension autobiographique. On pourrait même parler de film de deuil. Mais ce serait réducteur. Ce long-métrage esthétiquement maîtrisé, essentiellement filmé de nuit dans le quartier chinois de Paris, convainc avant tout par sa propension à entremêler plusieurs genres – d’être un drame familial mais de se permettre en même temps d’emprunter au polar – et à passer de la petite à la grande histoire, à partir d’une relation filiale pour finir par évoquer la Révolution culturelle.

Propension à l’empathie

Révélé en 2004 lorsque son court-métrage de diplôme, la comédie musicale «One Magic Evening», lui a valu le Prix de la relève aux Journées de Soleure, François Yang s’est ensuite fait un nom en signant deux documentaires («Le Mariage en Afrique», «Des Bleus dans la police») qui l’ont vu se plonger dans des univers qui lui étaient inconnus – déjà cette envie de se confronter à une certaine forme d’altérité.

Suivront «Rêve de Chine» et «A l’Ecole du couple», avant le court-métrage «Mooncake» en 2014, première esquisse de ce qui deviendra «L’Ame du tigre». De son parcours de documentariste, le Romand a gardé une propension à l’empathie et une volonté de laisser le réel influer sur le déroulement du récit. Il se met à la hauteur de ses personnages sans chercher à jouer au cinéaste démiurge, essaie toujours de capter des émotions «vraies», de ne pas diriger le regard du spectateur. Et c’est tout à son honneur.


** L’Ame du tigre, de François Yang (Suisse/France/Belgique, 2016), avec Frédéric Siuen, Audrey Bastien, Xin Wang, Bing Yin, Marianne Basler, 1h31.

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