Polar

L’Amérique, la Chine et le cyber-truand

Dernier thriller de Tom Clancy – décédé en octobre –, «Cybermenace» décrit les prémices d’une troisième guerre mondiale pilotée par Pékin

Genre: polar
Qui ? Tom Clancy, avec Mark Greaney
Titre: Cybermenace
Trad. de l’anglais (Etats-Unis) par Jean Bonnefoy
Chez qui ? Albin Michel, 720 p.

Lorsqu’un général chinois veut la guerre, cela ne présage jamais rien de bon. Surtout lorsqu’il s’adjoint les services d’un super-hacker malveillant qui détourne des drones américains et commandite des assassinats sur toute la planète. Heureusement, les Etats-Unis veillent au grain. Et en particulier l’équipe du «Campus», sorte de mini-CIA clandestine travaillant dans l’ombre de Washington.

Jack Ryan, le président américain que l’on connaît depuis le premier Tom Clancy – le désormais fameux Octobre rouge –, est sur le qui-vive. Que peut-il rétorquer à un géant belliqueux qui exige le contrôle de la mer de Chine méridionale? La question méritait bien 720 pages. C’est Cybermenace.

Des uns et des zéros

Pour ce dernier «techno-thriller» (coécrit avec Mark Greaney), Tom Clancy ne se contente plus de plomb et de poudre. Il rajoute des uns et des zéros. Raconter aussi minutieusement le déroulement d’une cyberguerre est l’un des (seuls) points forts du livre. D’autant que l’auteur, décédé début octobre, est connu pour avoir déjà anticipé les attentats du 11 septembre 2001 au milieu des années 1990 (Dette d’honneur et Sur ordre). Autres qualités: les séquences de combat aérien palpitantes et le remarquable entremêlement des multiples fils du récit.

Pour le reste, le livre ébahit par sa logique désespérément manichéenne. Tom Clancy – qui, pour l’anecdote, a échoué à se faire enrôler pour aller guerroyer au Vietnam et s’est donc tourné vers l’écriture – fait montre d’une nostalgie à peine déguisée pour la Guerre froide. Les Chinois – «les cocos» (sic) – incarnent un régime barbare, brutal, idiot et lâche. Jusqu’aux civils qui expriment à coups de pierres et de bâtons leur haine de l’Amérique. A l’image d’un médiocre blockbuster hollywoodien, le livre barbote dans un patriotisme navrant. La superproduction américaine Jack Ryan attendue en salles en janvier 2014 laisse dès lors présager le pire.

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