Dernier festival de cinéma de l'année, du moins en Suisse romande, Filmar en América latina a creusé son trou avec un concept simple: montrer les films d'un continent dont la distribution commerciale et les grands festivals s'étaient détournés. Il est bien tombé, alors que la situation du continent latino était en train de changer: virage politique à gauche, crise argentine révélatrice de la globalisation, débuts d'un travail de mémoire sur les dictatures. Huit ans plus tard, alors que la manifestation a essaimé de Genève à Berne, qu'a donc encore à offrir ce festival?

Premier constat, l'Argentine domine encore largement les débats, grâce à ses aides étatiques et à l'éclosion de talents qui a coïncidé avec la crise économique. Filmar lui consacre ainsi un nouveau panorama, complété de coups de projecteur sur les acteurs Julio Chávez (L'Ours rouge) et Gaston Pauls (Neuf reines) ainsi que d'un bel hommage à l'incontournable productrice Lita Stantic (en sa présence, du 15 au 18 novembre).

Ce panorama argentin sera l'occasion de découvrir en avant-première la nouvelle comédie dramatique de Daniel Burman Droit de famille (Derecho de familia), Le Gardien (El Custodio) de Rodrigo Moreno, film minimaliste primé à Berlin, le plus social La Démolition (La Demolición) de Marcelo Mangone et, surtout, le documentaire La Dignité du peuple (La Dignidad de los nadie) de Fernando Solanas, second volet de son exploration de la crise après Mémoire d'un saccage. Sans distribution prévue, Illuminados por el fuego de Tristán Bauer, premier film à revenir sur la guerre des Malouines de 1982, ne paraît pas moins important.

Cependant, la disparition de Fábian Bielinsky (en juin, d'une crise cardiaque à l'âge de 47 ans), auteur du meilleur film de l'année avec El Aura, rappelle aussi la fragilité de ce «renouveau» qui doit à présent trouver un deuxième souffle.

Les autres sections, thématiques, rappellent déjà plus les origines de la manifestation, émanation, à Genève, du ciné-club de l'Institut universitaire d'études de développement. Il sera ainsi question de l'importante émigration mexicaine aux Etats-Unis (du fondateur Alambrista! au récent Echo Park L.A., en passant par une dizaine de documentaires), du virage politique à gauche de l'essentiel du continent (une vingtaine de titres, des classiques Terre en transe et L'Heure des brasiers au documentaire belge Bruxelles-Caracas, consacré au phénomène Hugo Chavez), et d'une jeunesse trop souvent cruellement privée de perspectives d'avenir (section la plus faible, dominée par le Viva Cuba de Juan Carlos Cremata Malberti, un film conçu pour plaire aux principaux intéressés).

Enfin, l'habituel tour d'horizon par pays a été cette année un peu réduit. Présenté en ouverture ce soir à l'Alhambra de Genève en présence de sa réalisatrice Claudia Llosa, Madeinusa devrait faire l'unanimité, justifiant sans problème cet honneur: il s'agit d'une fable sur l'éternel conflit entre l'ancien et le nouveau, avec une jeune fille et les superbes paysages andins en vedette. Un premier film très apprécié dans les festivals, de Sundance à Mar del Plata.

Parmi la vingtaine de films proposés dans cette dernière section, les cinéphiles viseront en priorité O Bandido da Luz Vermelha de Rogério Sganzerla (1968, film-phare de la rétrospective brésilienne du dernier Festival de Fribourg) ainsi que les avant-premières de Casa de areia du Brésilien Andrucha Waddington (l'auteur à suivre de l'excellent Eu Tu Eles) et de En la cama du Chilien Matías Bize (Grand Prix à Valladolid pour ce simple dialogue d'un couple après l'amour).

Est-ce bien assez pour un festival d'envergure? Quantitativement, c'est certain. Qualitativement, cela reste à voir. Encore faible du côté des structures et de son financement, Filmar n'a pas vraiment les moyens de montrer tout le meilleur de son continent d'élection. Ici, on bricole toujours avec de la passion, de la solidarité et de grands espoirs. C'est la limite de la manifestation, mais aussi son charme.

Filmar en América latina, du 9 au 26 novembre, à Genève, Lausanne, Ferney-Voltaire, Versoix, Bienne et Berne. Rens. http://www.filmaramlat.ch