«Ni carioca ni samba.» Tel est le credo de Bernard Faivre d'Arcier, directeur du Festival d'Avignon, lorsqu'il décide d'inviter l'Amérique du Sud à son festin. Le programmateur a fait son marché au Brésil, en Argentine et au Chili. Et il en a ramené douze spectacles de troupes pour la plupart inconnues en Europe. Petit décryptage en trois chapitres.

Le corps du peuple. Tel sera le titre du chapitre 1. C'est du côté du nord-est du Brésil, que le voyage commence. Antonio Nobrega, musicologue érudit, metteur en scène et ensorceleur qu'on dit très inspiré, y puise la matière de ses rêves. Entre sortilèges vaudou, capoeira – art martial dansé – et poésie populaire. En Avignon, il présentera Pernambouc – nom de sa région – un spectacle joué et dansé par une trentaine d'acteurs et musiciens. Pour une fantasmagorie à ciel ouvert qui alliera instruments à vent indiens, percussions africaines et cordes européennes. A voir du 13 au 26 juillet dans la carrière de Boulbon.

Dans une veine tout aussi passionnelle, mais moins paillarde, des actrices plus pâles que des pénitentes chanteront la passion christique dans Auto da paixao. Le public suivra ainsi sur le coup de 22 heures et de minuit cette procession théâtrale dans le Jardin des Doms. Et c'est un acteur abonné au rôle du Christ, une vedette du genre dans sa région, qui conduira ses fidèles du 18 au 26 juillet (relâche le 21) sur des chemins mystiques. «Les comédiennes ont exploré le folklore, comme Giovanna Marini a pu le faire en Italie: elles le raniment et le réinventent», explique le programmateur.

Le corps des poupées. Les Argentins d'El Periférico de Objetos, qui taquinent les esprits et manient les objets, présenteront quatre spectacles, comme autant de biotopes dramatiques peuplés de pantins et autres fantômes de bois. On pourra ainsi voir à l'église des Célestins: L'Homme de sable et Zooedipous (du 21 au 23 juillet), Variations sur B… et Hamlet-Machine (du 26 au 28 juillet). La Troppa, compagnie chilienne, jouera aussi sur les échelles, entre acteurs de chair et de bois, dans Gemelos, adaptation libre du Grand Cahier d'Agota Kristof. Cette histoire de jumeaux aux abois dans un paysage sinistré trouvera son castelet à la Chapelle des Pénitents Blancs, du 12 au 19 juillet.

Le corps et le feu. L'Argentin Ricardo Bartis, chef de file du théâtre à Buenos Aires, présente Le Péché que l'on ne peut nommer, d'après son compatriote Roberto Arlt (voir photo). Côté danse, Tango, Valse et Tango triptyque signé par la chorégraphe argentine Ana Maria Stekelman, mêlera les genres et les corps, sur la scène de la Cour d'honneur du Palais des Papes, du 28 au 31 juillet.