12 février. L’Amérique, enfin!

Mercredi 11 février, Londres se réveille sous la grisaille. Il faut partir à 9h30 de l’hôtel d’Heathrow après une étape bousculée. L’arrivée à Los Angeles est prévue à 16h locales. Douze heures dans le ciel. Vol parfait, sans une once de turbulences. A se demander si l’Airbus A380, monstre volant, est si puissant qu’il sait résister aux humeurs des cieux. Le trajet aura duré une demie-heure de moins que prévu, mais il aura fallu patienter presque autant de temps sur le tarmac, en attendant que les avions précédents libèrent la place.

Après les contrariétés initiales, enfin l’Amérique! Jeudi commencera le vrai périple musical. D’ici là, dès les bagages déposés dans les chambres d’un ancien hôtel sorti d’un décor de cinéma, le groupe se dissémine rapidement pour se restaurer ou aller un peu se promener. Certains iront jusqu’à Hollywood en métro, pour l’avoir au moins vu. La douceur de l’air, le ciel bleu et les palmiers aperçus à l’atterrissage ont eu tôt fait d’être happés par la nuit, qui tombe tôt en Californie.

Une journée de déplacement devrait-elle compter comme un jour nul, dans une tournée? Certainement pas lorsqu’il s’agit d’un long courrier. Surtout après un jour entier de voyage et un décalage horaire de neuf heures à l’arrivée. Pour que les musiciens puissent offrir les meilleures prestations possible, avec des répétitions juste avant les concerts, il leur faut un temps indispensable de récupération.

De repos, de calme, de recalage et de travail de leur instrument en chambre. Or le problème avec le report du vol de Londres à Los Angeles de mardi à mercredi, c’est que cette plage de tranquillité avant d’aborder l’intensité de la tournée, s’est évaporée. Il va donc falloir attaquer directement dans le vif de la fatigue. Dès le lendemain. Une petite matinée libre, et les bus seront là dès 13h pour rejoindre la première des sept salles de concert où l’OSR jouera pendant sa tournée.

Le Soka Performing Arts Center d’Alijo Viejo se trouve entre 1h30 et 2h30 de route selon les conditions de circulation. Après une répétition de 15h30 à 18h30, et le concert à 20h dans la salle de 1000 places, les bus ramèneront les musiciens à Los Angeles. Certainement après minuit. Comme tous les jours qui suivront…

■ 11 février. Concert à l’aéroport

Il était dit que rien ne se passerait comme prévu. Pour le départ en tout cas. Alors que le premier vol pour Londres se déroule sur du velours, les choses se compliquent lors de l’escale britannique. Première annonce au moment de l’embarquement vers Los Angeles: deux heures de délai sont nécessaires pour avoir de plus amples informations suite à un problème technique sur un moteur de l’Airbus 380.

Le retard initialement prévu s’allonge au fil du temps. D’annonces en annonces, il faut finalement attendre plus de huit heures avant l’ultime sentence: le vol est annulé. Les passagers vont être dirigés sur un hôtel proche de l’aéroport pour y passer la nuit. Une employée de British Airways, chargée de délivrer les mauvaises nouvelles, se fait vertement tancer par un voyageur furieux. Mais son efficacité et son calme finissent par avoir raison de sa mauvaise humeur.

Le moral des troupes n’est pourtant pas entamé pour autant. Pendant le long temps mort à l’issue incertaine qui avait précédé, les musiciens avaient sagement patienté, qui devant un écran d’échecs, qui le nez plongé dans un livre, qui autour d’une partie de carte ou d’un autre jeu. Certains assoupis comme ils pouvaient. Mais c’est autour de quelques boissons partagées que le meilleur de cette journée contrariée s’est libéré. Gérard Métrailler a confié un minuscule «pocket trumpet» à Laurent Fabre. Olivier Morel a sorti son violoncelle, Jean-Pierre Berry a emprunté le cor de son jeune collègue, Michaël Tschamper s’est débrouillé avec une batterie virtuelle sur ordinateur, et le tour était joué: un bœuf s’est organisé sur des thèmes jazzy, en plein aéroport. Pour le plus grand bonheur des passants qui s’arrêtaient, filmaient, et applaudissaient à tout rompre. Un enthousiaste s’est même lancé dans la ronde après avoir offert une bouteille de vin blanc aux musiciens. Il a chanté à tue-tête, avant que l’équipe ne se dirige vers la sortie.

Chaude ambiance pour attaquer le froid et rejoindre le Sheraton, où un dîner attendait les naufragés du ciel. Tous très reconnaissants à Helen Slater de la compagnie aérienne britannique, au directeur général de l’OSR Henk Swinnen et au régisseur Grégory Cassard de les avoir menés à bon port dans des conditions optimales. Fourbus mais satisfaits. Demain l’Amérique?…

10 février. Pas de vol du tout.

Il est tout neuf. Pour beaucoup de musiciens, c’est le premier A380. Tous se réjouissent. Mais le roi du ciel est en panne. Problème de moteur. Un technicien a été appelé au chevet du géant. Il faudra probablement changer d’appareil. Donc attendre au monde moins deux heures. Le personnel de l’aéroport fait des annonces, Henk Swinnen, directeur général de l’OSR explique la situation au micro. Des bons d’une valeur de 5 Livres sont distribués aux passagers en déshérence, en attendant une solution. «On grignote, on boit, on lit, on discute et on pr ne son ml en patiences», soupire un musicien. L’Amérique semble encore loin…

10 février. Vol retardé

Heathrow, les mêmes, un peu plus tard. Des problèmes de moteur. Pas d’avion. En attendant la réparation, à droite Irene Kaiser, la responsable communication et presse, à gauche, Mariana Cossermelli, l’assistante de régie qui remplace Guillaume Bachellier, bloqué à Genève par une sournoise plaque de verglas… Pour l’instant, c’est encore le sourire…

■ 10 février. Vols.

Départ à l’heure prévue. Il est dix heures vingt, mardi matin. L’orchestre au complet se retrouve à Cointrin dans la bonne humeur. Deux heures plus tard, l’avion arrive à Londres sans encombres. Après une escale de deux heures, le plus long reste à faire, jusque Los Angeles…

Mais déjà des imprévus, comme toujours dans les grands voyages.

Guillaume Le Corre, clarinettiste basse solo depuis 2000 à l’OSR, s’est fait voler trois instruments dimanche soir alors qu’il rentrait d’un concert. Il était entre 20 et 21 heures, près du parc Geiserdorf longeant la rue Liotard de Genève. Guillaume parque sa camionnette Mercedes blanche pour rejoindre des amis. A l’intérieur, son smoking de concert et trois clarinettes (en mi, en sib et en la). Quand il revient, deux vitres sont fracassées et le tout envolé… A deux pas, il retrouve l’étui, et le «champignon» en bois sur lequel reposent les clarinettes en concert. Heureusement pour lui, les instruments lui avaient été prêtés par des amis pour qu’il puisse assurer son concert, la veille du départ en tournée. Les siennes l’attendent à Los Angeles. L’affaire est plus douloureuse pour ses collègues Benoît Willmann et Camillo Batistello, qui ont perdu leurs instruments. Même si ces derniers ne sont pas de la tournée, une longue négociation avec les assurances s’annonce pour eux.

En attendant, Guillaume Le Corre jouera comme si de rien n’était, malgré des anches neuves apportées à la dernière minute. Comme un tennisman avec de nouvelles balles. Sans filet…