Pas facile de distribuer un film allemand en Suisse romande! Succès national en 2006, sorti en France l'année suivante, Le Bonheur d'Emma a été acheté par un de nos plus modestes distributeurs (Cineworx) et s'est gentiment frayé un chemin jusqu'à l'Arc lémanique pour une sortie discrète (Zinéma à Lausanne, CAC-Voltaire à Genève). Un parcours inhabituel, mais en l'occurrence un gage de qualité.

L'entrée en matière est déjà frappante. On y voit une jeune fermière qui joue avec un cochon, le cajole et... lui tranche la gorge avec une douceur infinie. Pendant ce temps, un homme passe au scanner et apprend de son médecin qu'il est condamné par le cancer qui lui ronge le pancréas. Entre l'homme et le cochon, lequel est le mieux loti?

Les dernières vacances

Emma vit seule dans une ferme isolée, couverte de dettes et refusant toute proposition avant l'expropriation. De son côté, Max est employé chez un vendeur de voitures et tout aussi solitaire. Lorsqu'il apprend son infortune, il vole l'argent d'un collègue et rêve de s'envoler pour le Mexique. Mais dans sa fuite, un spectaculaire envol de sa voiture le fait atterrir... dans la ferme d'Emma! Pour la jeune femme, cet homme ressemble à un cadeau du ciel. Au grand dam de son soupirant, le policier Henner...

Alors oui, comme le signale un Grand Prix décroché au Festival du film d'amour de Mons (Belgique), il s'agit bel et bien d'une Liebesgeschichte. Avec la mort au bout du chemin, presque d'un mélodrame. Sauf que tout excès lacrymal se trouve ici tué dans l'œuf par un dynamisme et un goût du bonheur peu communs dans le genre.

Tiré d'un best-seller de Claudia Schreiber (Les Amis d'Emma), ce film signé Sven Taddicken (né en 1974 à Hambourg et déjà auteur d'un curieux Mein Bruder, der Vampir en 2001) révèle un vrai talent, comme le cinéma allemand semble désormais en produire dix par an. A l'écran, l'originale Jördis Triebel et le grand Jürgen Vogel (Frédéric II dans Mein Name ist Bach) portent quant à eux le film avec une rare conviction. Malgré son scénario un peu manipulateur, un film rayonnant, qui décline avec une belle vitalité sa fable sur la peur de la mort et son apaisement.

Le Bonheur d'Emma (Emmas Glück), de Sven Taddicken (Allemagne 2006), avec Jördis Triebel, Jürgen Vogel, Hinnerk Schönemann, Martin Feifel. 1h34.