cinéma

L’amour contaminé par l’atome

Film aussi épuré qu’osé, «Grand Central» sonne l’alarme contre la tiédeur

Le jeune cinéma français vous paraît s’épuiser entre comédies bricolées, drames intimistes et essais trop littéraires? Essayez Grand Central, qui ose investir un nouveau ­décor, la centrale nucléaire, en convoquant des mythologies anciennes, aussi bien américaines que françaises. Après le piquant et singulier Belle Epine de la même Rebecca Zlotowski, ce nouveau film à la fois théorique et physique est plus que prometteur.

On y débarque en train avec Tahar Rahim, drifter sans qualifi­cations et néanmoins en quête d’emploi. Le profil idéal pour travailler dans une centrale, tout en bas de l’échelle, dans une équipe de décontaminateurs. Parmi ces gars aussi fiers et solidaires que mal payés, Gary se trouve une nouvelle famille. Mais aussi l’amour avec ­Karole, qui le vampe alors même qu’elle est fiancée au solide Toni…

Pas besoin de faire un dessin: cette passion va devenir aussi dangereuse que les radiations auxquelles s’exposent quotidiennement les protagonistes de cette histoire. L’auteure souligne d’ailleurs ses intentions dès la scène de premier baiser, en forme de démonstration de ce que peut être une surdose radioactive! Surprise, la bombe Léa Seydoux cache son jeu: «Si je te dis la vérité, tu ne vas pas me croire. Si je te mens, tu ne vas pas aimer.»

Alarmantes sirènes

Entre la description quasi documentaire de ce travail méconnu et le triangle amoureux, le film se développe alors de manière organique. Certains trouveront sans doute le scénario trop prévisible. Mais ce serait faire bien peu de cas d’un souci de vérité rare, d’échos cinéphiles bien conscients (de Renoir à Lang) et d’un beau travail sur la musique (signée Rob), qui rendent le film franchement électrisant.

Intense, ramassé, tour à tour naturaliste et stylisé, brutal et lyrique, Grand Central a peu d’équivalents dans le cinéma français actuel. Et puis, comment ignorer une jeune cinéaste qui termine ses deux premiers films par des coups de sirènes aux échos métaphoriques aussi différents? Comptez-les!

VVV Grand Central, de Rebecca Zlotowski (France/Autriche, 2013), avec Tahar Rahim, Léa Seydoux, Olivier Gourmet, Denis Ménochet, Johan Libéreau. 1h34.

Publicité