L’amour? C’est beau et c’est triste

Genre: roman
Qui ? Eric Reinhardt
Titre: L’Amour et les Forêts
Chez qui ? Gallimard, 366 p.

Il y a un problème avec L’Amour et les Forêts d’Eric Reinhardt. Le roman a beau être en piste pour le Prix Goncourt 2014, sa construction s’avère bancale. Il faut attendre la page 251 (sur un total de 366) pour se sentir concerné, et touché pour finir, par ce qui y est écrit. 251 pages, c’est long.

Eric Reinhardt a impressionné en 2007 avec Cendrillon, roman baroque qui fait le portrait d’une société menée par les intérêts d’une poignée de financiers fous. Avec ce livre aux visées sociales et politiques, Eric Reinhardt se situe d’emblée dans la famille littéraire d’un Michel Houellebecq. L’écrivain confirme et signe avec Le Système Victoria (2011), tableau à la construction très maîtrisée où un homme se brûle dans une liaison avec une femme puissante et fatale, symbole de l’univers ultralibéral et mondialisé des très riches.

Que se passe-t-il donc avec L’Amour et les Forêts pour que l’on reste ainsi en rade pendant les deux tiers du livre? La figure centrale du livre est une femme au milieu de la trentaine, Bénédicte Ombredanne, professeur de français à Metz, mal mariée, mère de deux enfants. Elle écrit une lettre de fervente admiration à Eric Reinhardt à propos de l’un de ses romans. L’écrivain, touché par la qualité de la lettre, suggère une rencontre dans un café à Paris. Ainsi débute le roman. Bénédicte se livrera. L’Amour et les Forêts est son histoire. L’auteur a expliqué dans plusieurs interviews (Les Inrocks, L’Express…) qu’il s’est inspiré du courrier de plusieurs admiratrices et d’une rencontre avec l’une d’elles dans un train pour construire le personnage de Bénédicte, femme persécutée par son mari.

Or, et c’est là que la construction pèche, nous semble-t-il, c’est bien la maladie mentale du mari (atteint de perversion narcissique) et celle de Bénédicte (codépendante) qui constituent le moteur narratif. Mais François Reinhardt met de côté ce moteur pour se concentrer pendant 251 pages sur l’échappée de Bénédicte dans les bras d’un amant merveilleux et sur la colère du mari au retour de la femme infidèle. Malgré toutes les références littéraires citées, l’ennui frappe le lecteur. Car Bénédicte n’est pas une Emma Bovary du XXIe siècle. Elle a épousé un malade et elle l’est devenue. C’est une autre histoire. Au dernier tiers du livre, le drame est révélé dans toute son ampleur. Les sources de la codépendance de Bénédicte à son mari sont exposées par la sœur jumelle de l’héroïne. C’est bouleversant, mais c’est trop tard.