Deux décennies ont été nécessaires à Alejandro Gonzalez Iñarritu, 37 ans, pour entrer en cinéma. Et Amours chiennes, son premier long métrage, impose sa personnalité avec une évidence qui fait regretter cette attente. Deux décennies pour un homme né, de son propre aveu, réalisateur. Mais, contraint de gagner sa vie, il avait choisi de devenir, à 21 ans, DJ et producteur radio pour la principale chaîne rock du Mexique (WFM), et était bientôt reconnu comme un surdoué des ondes, appelé par la télévision puis par la publicité.

Grand Prix de la Semaine de la critique à Cannes, vainqueur à Tokyo, Edimbourg, Cuba, Los Angeles, São Paulo, film le plus couru dans son pays en 2000 et nominé pour l'Oscar du meilleur film étranger: le curriculum d'Amours Chiennes en impose autant que celui de son auteur. Mais il y a mieux: le film lui-même est une entité tentaculaire. Lesté par trente minutes superflues, le film organise, autour d'un accident de la route et du destin des victimes, une toile sociale d'une parfaite cohésion.

Les doigts dans la plaie

Portrait de la violence urbaine, Amours chiennes ne propose pas une vision intellectualisée. Iñarritu met les doigts dans la plaie à travers trois récits qui s'entrecroisent: un triangle amoureux sur fond de combats de pitbulls; un mannequin obsédé par les grognements de son chien coincé sous un parquet; et un mystérieux vagabond entouré de chiens des rues. Les images créent un malaise qui confirme la virtuosité homogène de l'ensemble. C'est exagérer le compliment, mais il faut rappeler que la radio n'est sans doute pas le pire chemin qui puisse mener au cinéma: avant Iñarritu, un certain Orson Welles…

Amours chiennes (Amores Perros), de Alejandro Gonzalez Iñarritu (Mexique 2000).