Classique. Robert Schumann. Choix de lieder. Angelika Kirchschlager et Helmut Deutsch (La Dogana/ http://www.ladogana.ch)

Sur le modèle si réussi de son Tombeau d'Anacréon, c'est, après Wolf, à un autre magicien des alliages du mot et de la note que l'éditeur dédie ce nouveau volume. Donc, au lieu d'un CD assorti d'une plaquette au graphisme maigrichon, voici un livre d'un goût parfait dans la couverture duquel le disque est inséré.

En première partie, Chamisso (qui donne son titre à l'ensemble du programme). Angelika Kirchschlager met une émotion contenue à chanter ces poèmes accompagnant la carrière féminine telle que nos arrière-grands-mères pouvaient la rêver: fiancée éblouie, épouse fervente, mère comblée et veuve inconsolable. Le génie de Schumann a transfiguré ces vers, et l'interprète gomme toute trace de mièvrerie. Quant au bel essai de Hédi et Fériel Kaddour (l'écrivain et sa fille musicologue), il s'emploie avec succès à réhabiliter cette poésie. Ce dont n'ont pas besoin le cycle de Mignon (Goethe), celui de Marie Stuart, et non plus Heine et Rückert, Eichendorff et Möricke.

Toutes ces merveilles sont chantées dans un climat sobre et fervent, soutenues par le piano raffiné d'Helmut Deutsch. Les poèmes sont traduits par Frédéric Wandelère, avec une fidélité qui n'exclut jamais la poésie. Voilà qui se prête à bien autre chose que l'écoute distraite: en donnant à lire le texte, en commentant le détail littéraire et musical, un tel livre invite à appuyer l'émotion sur l'intelligence.