Phénomène

Quand l’amuseur se fait tueur

Stephen King n’est pas le premier à avoir fait peur en mettant en scène un clown maléfique. Retour sur un phénomène, la coulrophobie, qui a essaimé dans la vraie vie

Avec leur visage poudré, leur maquillage exagéré et leur costume outrancier, les clowns sont faits pour amuser. Mais souvent, les enfants en ont peur. Cette frousse irrationnelle a même un nom: la coulrophobie. Car c'est un fait: imaginez un clown non pas gesticulant de façon grotesque sur la piste d’un cirque, mais apparaissant nuitamment au détour d’une ruelle sombre, et l’envie de rire vous passera instantanément. De là à imaginer des clowns tueurs, il n’y avait qu’un pas.

A lire: «Ça», c’est une clownerie horrifique imaginée par Stephen King

En 1953, dans Sous le plus grand chapiteau du monde, de Cecil B. DeMille, le clown Buttons, incarné par James Stewart, est en réalité un médecin recherché pour meurtre. Mais la première occurrence d’un tueur déguisé en clown non pour se cacher, mais pour accomplir son forfait, on la doit – selon un imposant dossier réalisé par le magazine L’Ecran fantastique – à Martyn Burke, réalisateur en 1976 de The Clown Murders. Deux ans plus tard, dans le fondateur Halloween, qui marque la naissance d’un sous-genre prolifique du cinéma d’épouvante, le slasher, John Carpenter introduit le personnage de Michael Myers, un assassin tuant sa première victime à l’âge de 6 ans, alors qu’il portait un costume de clown. A partir de là, les clowns tueurs seront légion, jusqu’à ce que Stephen King ne s’empare de la coulrophobie pour explorer de manière plus ample, dans son roman en deux parties Ça (1986), les peurs primaires des enfants.

Souvent, on ne le sait que trop bien, la réalité dépasse la fiction. En décembre 1978, à peine plus d’un mois après la sortie de Halloween, la police de Chicago arrête un certain John Wayne Gacy, qui se révélera être un abominable tueur en série ayant assassiné au moins 33 adolescents et jeunes adultes, dont 26 ont été retrouvés enterrés dans sa priorité. Son surnom? «Le clown tueur». Il avait en effet pour habitude de se grimer, notamment dans le cadre d’œuvres caritatives, en clown. La fiction s’emparera de ce meurtrier aux pulsions nécrophiles, d’abord dans un téléfilm (Le Meurtrier de l’Illinois, 1992) puis dans un film de cinéma (Gacy, 2003).

A partir des années 1980, en partie à cause de la fascination morbide exercée par Gacy, les occurrences de clowns tueurs se multiplieront, principalement dans le cinéma de série B. Les titres sont le plus souvent explicites: Les Clowns tueurs venus de l’espace (Stephen Chiodo, 1988), Clownhouse (Victor Slava, 1989), L’Arme du clown (Michael Schroeder, 1989), Le Clown de l’horreur (Jean Pellerin, 1998), Night of the Clown (Vladimir Theobold, 1998), Fear of Clowns (Kevin Kangas, 2004). Dans ce registre du film de clown maléfique, on recense une bonne centaine de longs-métrages tous plus improbables les uns que les autres.

De manière synchrone, on constate également une recrudescence de plaintes émanant de personnes poursuivies ou menacées par des clowns. Un phénomène qui s’est considérablement amplifié ces trois dernières années, tant aux Etats-Unis qu’en Europe. Et si la plupart du temps il s’agit de blagues, parfois destinées à terminer sur YouTube, plusieurs actes de violence, avec des arrestations et condamnations à la clé, ont été constatés, réactivant le débat autour de l’influence potentiellement néfaste de la violence au cinéma. A moins que ce ne soit le contraire: plus de dix films mettant en scène des clowns peu fréquentables ont été mis en chantier depuis le début de l’année.

Publicité