Au premier abord, la pochette de Lust For Life ressemble à tous ses précédents visuels. Un portrait de Lana Del Rey, de grosses marguerites dans les cheveux, madone en robe blanche, qui nous observe devant le camion bleu de Born To Die, son premier succès. Mais à la place de sa moue habituelle, la chanteuse affiche un large sourire. Avec cet album, l’Américaine a choisi l’optimisme. Un espoir sincère en l’avenir qu’elle distille au fil de 16 titres et plusieurs collaborations avec The Weeknd ou Asap Rocky.

Cela aurait été bizarre de faire un disque pendant dix-huit mois sans commenter l’actualité politique

Depuis l’élection de Donald Trump à la présidence des Etats-Unis, de nombreuses célébrités américaines ont tenu à réagir. Lana Del Rey explique: «Cela aurait été bizarre de faire un disque pendant dix-huit mois sans commenter l’actualité politique.» Une attitude que la chanteuse n’aurait pas forcément adoptée quelques années auparavant. En 2014, elle refusait d’embrasser la cause féministe. Trois ans plus tard, la voilà qui chante triomphalement la solidarité féminine, faisant écho à la marche des femmes sur Washington.

Lust For Life reste pourtant loin d’une œuvre militante. Fidèle à sa pop mélancolique, la New-Yorkaise dépeint un sentiment diffus tel une peinture impressionniste. Dans la ballade folk «When The World Was At War We Kept Dancing», elle exhorte sa génération à continuer à danser malgré l’approche de la fin du monde.

La vie en rose sépia

Ce cinquième opus représente bel et bien un tournant ou du moins une parenthèse. Depuis le triomphe de Video Games en 2011, son univers restait centré sur le récit de son personnage, une jeune femme indécise et accro aux relations toxiques. Ici, elle décide de s’adresser à son public. Rassurante sur l’ode pop rock «Love», elle affirme à une jeune génération déboussolée que le monde leur appartient. Dans le morceau «Coachella – Woodstock In My Mind», elle assiste au festival californien, se mêlant aux jeunes filles coiffées comme elle d’une couronne de fleurs. Et opte, malgré le cliché, pour un innocent message d’espoir, comme une réponse à ses inquiétudes.

Lana Del Rey n’évite pas les références pop. Elle invoque les icônes du glamour hollywoodien et les musiciens rock dans un enchevêtrement de figures. Dans ses précédents clips, elle évoluait dans cette Amérique sépia faite de Route 66 et de motels, son personnage confinant parfois à la caricature. L’émotion se perdait dans des sophistications esthétiques.

Dans l’album, les morceaux qui se distinguent se font plus intimes tant dans la voix que dans l’orchestration. Elle se confie sur «Change», dernier titre enregistré, avec un piano qui accompagne sa voix. C’est par ce dépouillement que la chanteuse prend toute son ampleur. Se rappelant Bob Dylan, elle ressent un changement dans le souffle du vent et prend conscience de son nouvel état d’esprit positif. Même si, comme elle le chante finalement dans «Get Free», Lana Del Rey n’a pas encore franchi le seuil du bonheur.


Lana Del Rey, «Lust for Life», Universal Music