Christophe Brandt, directeur de l'Institut suisse pour la conservation de la photographie, à Neuchâtel: «Personne ne conteste que Zurich soit un pôle incontestable de la photographie suisse. Il faut un vrai projet pour mieux soutenir cette fondation, actuellement fragilisée. Mais l'ASIP demande une reconnaissance pour les efforts accomplis, une aide qui stimulera les responsabilités et obligations de chacun. Prendre comme exemple structurel la Cinémathèque suisse revient à remonter aux années 50. Partout en Europe, l'accent est aujourd'hui mis sur la décentralisation des institutions photographiques et sur la notion de réseau. La photo est un important enjeu culturel pour la Suisse, propre à rapprocher les régions, cultures et histoires dans un même destin national.»

Jacques Boesch, président de l'ASIP: «La Confédération doit, avec ce projet national pour la photographie, démontrer la praticabilité du nouvel article constitutionnel sur la culture. Si l'idée ne recueille pas l'adhésion de l'ASIP et des députés au Parlement, l'échec augurera très mal de l'avenir. Ne serait-ce qu'au niveau technologique, on ne cesse aujourd'hui de parler de mise en réseau de l'information. Et voilà qu'on nous parle d'une institution phare qui prétendrait régenter la photographie en Suisse… C'est absurde. Nous ne voulons par marginaliser la Fondation suisse pour la photographie, mais l'intégrer dans un projet qui aura une juste clé de répartition des finances et compétences. La Fondation sera en danger si elle se laisse trop instrumentaliser par la Confédération.»

Daniel Girardin, conservateur du Musée de l'Elysée, à Lausanne: «La scène photographique en Suisse est aujourd'hui bloquée par ce qui se passe. Il convient de trouver rapidement une issue au conflit de compétences. L'ASIP est bien sûr désireuse de collaborer avec l'Office fédéral de la culture. Nos avenirs respectifs sont liés. Reste qu'un des problèmes de fond est le statut même de la photographie, dont le rôle culturel est encore mal assimilé. A cet égard, l'analyse de la Confédération sur la situation de la photo est surannée. Elle marque un temps de retard sur une réalité que les diverses institutions de l'ASIP éprouvent, elles, quotidiennement.»

Propos recueillis par L. D.