Plus rien ne s’oppose à la démolition de l’ancien cinéma Plaza à Genève. Ce qui fût en son temps la plus grande plus grande salle obscure du canton, œuvre de l’architecte Marc-Joseph Saugey, est voué à devenir un cratère béant. Ce lundi minuit, échoit le délai pour faire recours. Mais personne ne semble plus vouloir, à défaut de pouvoir, intervenir.

À l’époque, seule la Ville de Genève avait émis un préavis défavorable à la destruction – formellement autorisée le mois passé, mais formulée début 2015 – de ce site emblématique (vidé ce printemps de son mobilier historique), mais non classé. La municipalité a fait marche arrière vendredi, estimant ses chances de succès inexistantes en cas de recours.

«C’est un immense gâchis», s’emporte Didier Zuchuat, aux commandes du Ciné 17 et de l’Empire. Ce dernier avait remis un dossier aux autorités, voilà plus de six mois, pour reprendre le Plaza. «La Ville a manqué de courage, estime-t-il. Mais c’est l’État qui a enfoncé le clou du cercueil en acceptant la demande de démolition des propriétaires.»

Fossoyeurs du patrimoine

Les travaux de rénovation et autres démarches nécessaires pour la mise à niveau et la valorisation du Plaza étaient évaluées à 40 millions de francs. «De grands groupes internationaux opérant déjà des salles dans la région étaient pourtant intéressés à récupérer les lieux. Mais ils ont réalisé que c’était perdu d’avance, estimant que dans l’esprit de nos collectivités publiques, fossoyeuses du patrimoine, le Plaza était de toute manière condamné», déplore Didier Zuchuat.

Contacté vendredi, José Lillo, administrateur du groupe Facebook de défenseurs de la salle, ne cache pas sa frustration: «Nous sommes dans une impasse, car nous n’avons pas la légitimité légale pour nous opposer à la démolition de la salle.» Qu’en pensent les milieux patrimoniaux ou les auteurs d’une motion sur le sujet qui, eux, ont qualité pour agir? «Nous n’avons pas les moyens financiers suffisants, ni de nouveaux arguments juridiques pertinents pour intervenir», résume Erica Deubler-Ziegler, membre d’Action Patrimoine Vivant et de la Commission des monuments, de la nature et des sites.

Quand bien même, estime Alexis Barbey, communicant en affaires publiques et élu PLR au Grand Conseil genevois: «Si un recours devait se présenter d’ici à ce lundi minuit, il n’y a quasi aucune chance pour que le Conseil d’État entre en matière.» Les dés semblent donc jetés, car monter un projet alternatif en un week-end relèverait du miracle.

Un cratère permanent à la place de l’ex-cinéma

Toutefois, qui dit autorisation de démolition, prévoit demande de construction. «Le même problème se pose pour cette seconde étape. Nous ne pourrions recourir! Et, à ce stade, je doute que d’autres le fassent», regrette José Lillo. Le Plaza est donc bel et bien mort.

Le propriétaire des lieux, la société anonyme Mont-Blanc Centre, souhaite y ériger quelque 63 logements pour étudiants, avec des surfaces commerciales au rez-de-chaussée. L’avant-projet, révélé en avril dernier, est devisé à plus de 27 millions. «Cette ébauche ne verra jamais le jour, parie Didier Zuchuat. Le cratère qui se prépare sur ce site de Chantepoulet sera toujours là dans dix ans.»