Hommage

L’ancien directeur du Conservatoire de Genève n’est plus

Claude Viala, qui dirigea le Conservatoire de Genève pendant plus de vingt ans, est décédé. Le directeur de la HEM, Philippe Dinkel, se souvient

Tous ceux qui ont croisé son regard perçant gardent de lui un souvenir intimidé. Quand Claude Viala, petite stature fine, cheveux noirs tirés en arrière et yeux sombres, traversait vivement les couloirs du Conservatoire de la Place neuve, le respect et une pointe de crainte saisissaient les élèves qui le rencontraient. Et lors des entretiens ou des examens auxquels il participait, les lunettes dont il manipulait sans cesse les branches, instauraient une distance nécessaire à sa réflexion. L’autorité naturelle de l’homme en imposait.

Il faut dire qu’entre son arrivée en 1970 après Samuel Baud-Bovy et son départ en 1992 avant Philippe Dinkel, l’ancien directeur du Conservatoire a oeuvré sans relâche au développement de l’institution, qu’il menait avec la foi des missionnaires. Sous son règne de plus de vingt ans, l’ancien violoncelliste de l’OSR lança des campagnes visionnaires. Philippe Dinkel, qui lui succéda à l’âge de 36 ans, rappelle les chantiers du bâtisseur né à Genève en 1922.

«Je l’ai d’abord connu en tant qu’étudiant. Il a commencé par être mon directeur. Mon diplôme est donc signé de sa main», révèle Philippe Dinkel, à la tête de la HEM depuis sa fondation en 2009.

Renforcement de l'éducation musicale

«J’ai été un des premiers bénéficiaires de la nouvelle convention qui liait l’Université et le Conservatoire. Car on doit à Claude Viala la signature, au début des années 70, de l’accord entre les deux institutions, qui reconnaissait les études professionnelles du Conservatoire comme disciplines de même niveau que celles de l’Université. C’était visionnaire puisque c’est ce qui s’est passé bien des années plus tard avec le système des HES qui considère les études artistiques de ce niveau comme para universitaires et équivalentes. Ça a été très précieux pour le renforcement de la position genevoise en matière d’éducation musicale.»

Une autre de ses grandes réalisations est d’avoir participé à la création de la Fédération des écoles genevoises de musique. «Cela a débouché sur une politique salariale harmonisée entre le Conservatoire, l’Institut Jaques Dalcroze et le Conservatoire Populaire de Musique, dont les professeurs étaient alors payés au lance-pierre. Dans cet accord, l’Etat acceptait de relever ses subventions pour autant que les institutions se fédèrent au niveau notamment des plans d’études ou de la couverture géographique.»

Rayonnement international

La politique d’engagement de Claude Viala a aussi considérablement élevé le rayonnement international et accentué le lustre du Conservatoire supérieur. «Les grandes personnalités qui sont arrivées grâce à lui ont élargi la renommée de l’institution. Avoir Arpad Gerecz, Christiane Jaccottet, Maria Tipo, Franco Petracchi, Maxence Larrieu ou Maurice Bourgues comme professeurs a suscité nombre de vocations.»

Une chose particulièrement méconnue à Genève est l’activité de secrétaire général de Claude Viala au sein de l’Association européenne des conservatoires. «Née en 1953 pour s’efforcer de traverser le rideau de fer, l’association fonctionnait avec une double présidence Est-Ouest. Plus tard, il a fallu trouver un secrétaire général en pays neutre. Claude Viala a été élu et il a travaillé sans relâche pendant une vingtaine d’années pour cet organisme de référence. Il y a noué des amitiés qui ont renforcé la place de Genève dans le paysage international de la pédagogie musicale.»

On n’oublie pas que Claude Viala a aussi été président du Concours de Genève. Les collaborations instituées ont bénéficié aux étudiants et contribué au rayonnement du Conservatoire. Il a encore été actif dans ce qu’on appelait alors la Maturité artistique. «C’est une spécificité genevoise dont des artistes comme Thierry Fischer ou Guy-Michel Caillat ont pu bénéficier.» Et avec l’ESAD, il militait aussi pour la création d’une école supérieure de danse en Suisse romande. «Là encore c’était une idée visionnaire qui ne s’est pas réalisée à l’époque, alors qu’une telle structure est actuellement intégrée dans la Manufacture, avec des Bachelors de danse contemporaine.»

Les qualificatifs concernant l’homme ne surprennent pas. «C’était un personnage intimidant, mais confiant, respectueux et fidèle. Il était d’une parfaite discrétion et toujours disponible pour donner des conseils ou des renseignements, sans jamais être interventionniste. Ses souvenirs de violoncelliste à l’OSR, obligé de participer à des concerts de cinéma ou de variété pour faire bouillir la marmite, car les rémunérations d’alors s’avéraient très maigres, étaient fascinants. Ils cassaient son image austère de protestant cévenol. C’était un homme extrêmement droit, éthique et rigoureux qui savait fédérer, structurer et bâtir.» Lors des obsèques qui auront lieu vendredi 6 au cimetière Saint-Georges à 16h, Philippe Dinkel rendra hommage à celui dont il dit encore avoir «mis ses pas dans les siens avec bonheur».

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