Chaque semaine de l’été, «Le Temps» propose une immersion dans un patois encore vivace de Suisse romande

En Suisse romande, on ne parle plus patois. Quelques poches de locuteurs subsistent, notamment en Valais et en Gruyère. Mais ces langues distinctes du français – à ne pas confondre avec des locutions dialectales qui teintent encore nos français régionaux – ont largement et depuis longtemps disparu de l’usage courant, ou sont vouées à une mort lente.

«Une langue est faite pour vivre en société. Elle ne survit que si elle est parlée en famille», résume avec justesse Andres Kristol, professeur honoraire au Centre de dialectologie de l’Université de Neuchâtel. C’est ainsi que, dans pratiquement tous les cantons romands, les patois régionaux ont d’ores et déjà vécu, remplacés par le français avec l’industrialisation et l’immigration, dès le milieu du XIXe siècle dans les villes et au début du XXe siècle dans les campagnes.

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Ces idiomes étaient tous issus – à l’exception du jurassien apparenté au franc-comtois – du franco-provençal, une langue qui a été parlée d’Aoste à Lyon, mais qui a très peu été écrite. «Le franco-provençal n’a jamais connu d’unité politique. Il n’a pas eu de roi, mis à part durant le second royaume de Bourgogne entre 888 et 1032», souligne Andres Kristol. Il n’a pas non plus fait l’objet de tentative d’être reconnu par l’Etat fédéral, contrairement au romanche, accepté comme langue nationale en 1938.

Nostalgie d’une vie plus simple

Bien sûr, nombre de passionnés existent encore, qui tentent de maintenir en vie, voire de ranimer ces langues d’antan. La raison d’être de la présente chronique est d’ailleurs de présenter, tout au long de l’été, un tour d’horizon des parlers propres à nos terroirs.

Comme souvent, c’est au moment où une tradition se perd qu’on réalise à quel point elle nous était chère. Nous reste alors à contempler les rares témoins d’un temps jadis, avec une émotion teintée de la nostalgie d’une vie plus simple. Et ce, même si elle nous serait aujourd’hui certainement insupportable.