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Paul Gauguin, «Arearea», 1892, huile sur toile.  

Rétrospective

L'année 2015 des beaux-arts: nos 10 coups de cœur

Les critiques du «Temps» reviennent en sept épisodes sur les événements et œuvres marquants de l’année. Quatrième chapitre, les beaux-arts

L'air du temps: Biennales et œuvres malmenées

Dire que 2015 est une année à biennales est un peu faux. Ces rendez-vous se sont multipliés et il n’y a plus d’année avec ou sans. Mais si certains courent la planète d’un rendez-vous à l’autre, quasiment sur orbite, vu de Suisse romande, Venise et Lyon lestent toujours nos agendas. Ils sont nombreux à passer quelques jours ici, un week-end là. A Venise, sans doute ont-ils entendu parler de Marx, peut-être même ont-ils écouté quelques phrases, lues chaque jour dans le pavillon central des Giardini.

Le commissaire de l’exposition, Okwui Enwezor, a en effet essayé de convoquer la pensée marxiste. Il l’a rendue «friendly», aimablement partageable, mais aucun propriétaire de yacht arrimé dans la lagune n’a pour autant tremblé à l’idée de devoir partager son ponton ou ses collections avec les masses laborieuses. Ou chômeuses. Si l’on a pu lire Das Kapital à la Biennale de mai à novembre, ça n’a pas été le cas pour le Coran. Le Suisse Christoph Buchel avait, pour l’Islande, transformé une ancienne église en mosquée. Ce fut un succès. Mais la Cité des Doges a fermé ce pavillon hors norme au bout d’un mois, arguant de problèmes de sécurité.

Pour l’ouverture de la Biennale, Le Temps avait illustré la une du Samedi Culturel avec une œuvre qui témoignait de la difficulté de l’art à éclairer le monde. Les Réverbères de la mémoire étaient là en tas, comme à l’abandon, attendant que Genève parvienne un jour à les placer debout en témoignage des génocides, en particulier arménien. Depuis, le pavillon arménien de Venise a reçu un Lion d’or et l’artiste des Réverbères, Melik Ohanian, le Prix Marcel Duchamp 2015.

La Biennale de Lyon, ouverte jusqu’au 3 janvier, est plus modeste, mais aussi plus inscrite dans le territoire, y compris dans les agglomérations voisines, et jusqu’au couvent de La Tourette. Les dominicains accueillent dans l’architecture de Le Corbusier les œuvres d’Anish Kapoor. Le Corbu et Kapoor, tous deux à l’honneur à Paris en 2015. Mais, comprenne qui pourra, alors que le premier fut à peine bousculé pour ses options politiques fâcheuses, une œuvre du second a été salement vandalisée par des incultes, sans doute bigots. (Elisabeth Chardon)


 1. «Paul Gauguin»

Ce fut une exposition très belle et très complète, tout en couleurs d’une grande intensité. L’occasion rare de voir des toiles d’une célébrité certaine, et d’une importance non moins indéniable dans le fil de l’histoire de l’art. L’originalité de Gauguin saute aux yeux, dès le premier Christ vert, en 1889, à propos duquel l’artiste écrivait à son ami Van Gogh: «J’ai cherché dans ce tableau que tout respire: croyance, souffrance passive, style religieux et primitif, et la grande nature avec son cri.»

Au terme d’une longue préparation, l’exposition de la Fondation Beyeler a notamment accueilli le testament du peintre, un testament sous forme de questionnement, pour dire les doutes en partage: «D’où venons-­nous? Que sommes-­nous? Où allons-­nous?» En juin, à cette approche existentielle ont fait écho, dans d’autres salles de la fondation, les peintures de Marlene Dumas, sur le mal, l’amour aussi, sur nos vies et sur leur fin. (Laurence Chauvy)

Lire aussi: Paul Gauguin, peintre sauvage mort au paradis

Fondation Beyeler, Riehen, du 8 février au 28 juin.


2. «De Raphaël à Gauguin. Trésors de la collection Jean Bonna»

Pastel, fusain, sanguine, lavis, esquisse aquarellée, quelle que soit la technique, les quelque 150 œuvres sur papier réunies dans cette exposition donnaient une idée particulièrement harmonieuse de la collection du Genevois Jean Bonna, au-­delà de la variété des maîtres. Raphaël, Rembrandt, Tiepolo, Greuze, Boucher, Cézanne, tous ont dessiné avec une grâce qui nous émeut paysages ou visages. (El.C.)

Lire aussi: Jean Bonna, «highlights» d’une collection

 Fondation de l’Hermitage, Lausanne, du 6 février au 25 mai.


3. «Monet, Gauguin, Van Gogh… Inspiration japonaise»

Plusieurs expositions, en 2015, ont célébré l’importance, pour l’art occidental, de l’ouverture du Japon. L’une des plus saisissantes, et harmonieuses, a été le dialogue renoué, au Kunsthaus de Zurich, entre les impressionnistes, les peintres nabis, les créateurs Art nouveau et jusqu’à Picasso, avec les estampes, laques, paravents et objets nippons. Misant sur la discrétion, la muséographie s’est mise au service du caractère intime de ce dialogue des cultures. (L.C.)

Lire aussi: Lorsque le Japon fascinait les artistes

Kunsthaus, Zurich, du 20 février au 25 mai.


4. «Les Clefs d’une passion»

Peu après son ouverture, la Fondation Louis Vuitton a réuni 60 chefs-d’œuvre de Monet à Bacon en passant par Picasso et Mondrian pour une démonstration historique et une démonstration de puissance. En mettant côte à côte autant d’œuvres qui n’en ont pas de supérieures et dont aucune n’est inférieure aux autres, la vitrine culturelle de l’entreprise mondiale du luxe s’est installée d’un coup au sommet. (L.W.)

Lire aussi: L’essence de l’art dans un flacon de parfum

Fondation Louis Vuitton, Paris, du 1er avril au 6 juillet.


5. «Musée d’art moderne – Département des Aigles»

A partir de 1968 et en quelques années, Marcel Broodthaers (1924-1976) a bricolé chez lui la plus futée des critiques de l’institution muséale en créant son propre musée, une parodie des valeurs esthétiques, de la spéculation financière, des cérémonies culturelles et de la collectionnite aiguë. La Monnaie de Paris l’a reconstitué, non sans lui ajouter l’ironie involontaire d’une momification posthume. (L.W.)

Lire aussi: Marcel Broodthaers met le musée en cure de désintoxication

Monnaie de Paris, Paris, du 18 avril au 5 juillet.


6. «Pierre de lumière. Visions du cristal dans l’art»

Comment la matière peut-­elle fasciner l’esprit à ce point? Il faut dire que le cristal est un matériau qui allie des formes géométriques surprenantes, la transparence et la brillance, et une origine mystérieuse, dans le tréfonds des montagnes. L’exposition bernoise a conduit une exploration en règle, via des œuvres picturales, architecturales, graphiques, jusqu’à une installation de Gerda Steiner & Jörg Lenzlinger, et de petits souliers d’améthyste de Marina Abramovic. (L.C.)

Lire aussi:  Le cristal, principe de l’art

Kunstmuseum, Berne, du 24 avril au 6 septembre.


7. «Future Present»

L’exposition donne la mesure de la collection pour laquelle les architectes Herzog & de Meuron ont conçu le Schaulager. Dans les étages inférieurs, on parcourt avec bonheur un siècle d’acquisitions, d’Emanuel et Maja Hoffmann à Maja Oeri. Et l’on peut aussi visiter quelques cellules des étages supérieurs où se déploient des installations de Francis Alÿs, Fischli & Weiss ou encore Ilya Kabakov. Immanquable. (El.C.)

Lire aussi: Le Schaulager, une formidable boîte à trésors entrouverte le temps d’une exposition

Schaulager, Münchenstein/Bâle, du 13 juin 2015 au 31 janvier 2016.


 

8. «Beauté Congo 1926-2015»

Grâce à cette exposition, l’art moderne et contemporain d’un pays d’Afrique peut être enfin compris dans sa dimension historique, de ses racines traditionnelles et coloniales à son émancipation liée à la recherche d’une identité culturelle autonome, et non comme une simple juxtaposition d’œuvres certes remarquables mais sans autre logique que le regard porté sur elles par les amateurs d’Occident. (L.W.)

Lire aussi: A Paris, le Congo en toute liberté

Fondation Cartier pour l’art contemporain, Paris, du 11 juillet 2015 au 10 janvier 2016.


9. «A la recherche de 0,10. ­ La dernière exposition futuriste de tableaux»

C’est une exposition pour geek du suprématisme, un tour de force historique qui coïncide avec le 100e anniversaire du Carré noir sur fond blanc. La Fondation Beyeler de Bâle réunit sous un même toit la quasi-totalité des chefs­-d’œuvre de la dernière exposition des futuristes russes en 1916. Il y a là toutes les toiles réalisées par Malevitch à l’époque et l’intégralité des reliefs de Vladimir Tatline, miraculeusement sauvés du pilon soviétique. (E.Gd)

Lire aussi: Kazimir Malevitch, les trésors retrouvés de l’avant-garde russe

Fondation Beyeler, Riehen, du 4 octobre 2015 au 10 janvier 2016.


10. «One More Time. L’exposition de nos expositions»

Dernier tour de piste, dernier bal, dernière séance, bouquet final. On a employé tant d’images pour définir cette exposition dans laquelle Christian Bernard déploie le grand jeu avant son départ du Mamco pour une retraite active. Mais tous disent la fin alors que le titre officiel, One More Time, évoque magnifiquement le recommencement. A voir et à revoir. (El.C.)

Lire aussi: A Genève, le Mamco revisite ses classiques

Mamco, Genève, du 28 octobre 2015 au 24 janvier 2016.

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