L’Opéra de Genève déménage

addLes travaux de rénovation lyrique ne sont pas chose courante. Mais leur nécessité fait loi. Cette année aura été marquée par le début de la construction de la structure d’accueil du Grand Théâtre, le temps de sa réfection. La première pierre a été posée le 16 février passé. La saison est marquée par une programmation sur deux lieux, le déménagement venant juste de commencer. Ce sera à l’Opéra des Nations, théâtre éphémère en bois racheté à la Comédie-Française et agrandi pour les exigences lyriques, qu’Alcina de Haendel marquera le 15 février la délocalisation


Lissner redonne des couleurs à l’Opéra de Paris

Après le règne très fade de Nicolas Joël de 2009 à 2014, Paris retrouve son aura lyrique. Stéphane Lissner, arrivé un an avant la fin du contrat de son prédécesseur, qui a jeté l’éponge plus tôt que prévu, a tenu la maison pendant une année de transition. Mais sa première saison effective a débuté en octobre avec un magnifique Moïse et Aaron de Schönberg mis en scène par Romeo Castelluci. Puis un doublé Château de Barbe-Bleue de Bartók intelligemment relié par Krzysztof Warlikowski à La Voix humaine de Poulenc et une très houleuse Damnation de Faust de Berlioz signée par Alvis Hermanis ont conclu la saison 2015 de façon spectaculaire. 


Conquête de l’Ouest pour l’OSR

Après douze ans d’absence aux USA, la grande tournée américaine du Romand a marqué les esprits. En treize jours, six villes ont été visitées, de la côte Ouest à la côte Est. Un grand écart climatique et un parcours semé d’embûches n’ont pas empêché les 107 musiciens de se fédérer avec conviction sous la baguette experte du chef Charles Dutoit. Avec le pianiste Nikolaï Lugansky en soliste et un programme que le fondateur Ernest Ansermet n’aurait pas renié (Ravel, Debussy, Stravinski, Rachmaninov), l’OSR a été un bel ambassadeur symphonique en Amérique. 


Jonathan Nott nommé à la tête de l’OSR

Un nouveau chef titulaire pour l’OSR, c’est une grande aventure. La marque d’une transformation, d’un nouveau style, d’une façon différente de travailler, de choisir et d’interpréter le répertoire. Après Neeme Järvi, resté trois ans aux commandes de l’orchestre genevois, le Britannique Jonathan Nott a été officiellement désigné le 28 janvier. Dixième patron de la phalange symphonique après Ansermet, Klecki, Jordan, Sawallisch, Stein, Luisi, Steinberg et Janowski, Jonathan Nott a été élu à une écrasante majorité, après une interprétation mémorable de la 7e Symphonie de Gustav Mahler. 


Les débuts prometteurs de Joshua Weilerstein

Un enregistrement, deux concerts d’intronisation en novembre à Lausanne et une tournée: l’Orchestre de chambre de Lausanne est sur la bonne voie avec son nouveau directeur musical, Joshua Weilerstein. Ce jeune chef américain – très cool dans son comportement – en impose par son autorité joviale et sa gestique naturelle. En quelques semaines, il a su instaurer un rapport de confiance avec ses musiciens. Lors de la récente tournée en Allemagne, il a dirigé une 4e Symphonie de Beethoven pleine de fraîcheur et de rebond rythmique, tout en soignant les épisodes plus lyriques. Des débuts très prometteurs. 


Splendeurs d’«Aida»

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On a beaucoup parlé de cette Aida. Ce fut le buzz au mois de février avec des séances d’enregistrement en studio à Rome, complétées par une version de concert sold out – l’album est paru à l’automne chez Warner. Antonio Pappano déploie un tapis orchestral formidablement soyeux et évocateur pour accompagner Anja Harteros (onctueuse et très touchante en Aida malgré quelques fragilités dans l’aigu), Jonas Kaufmann au cœur de guerrier (Radamès), l’enflammée Ekaterina Semenchuk en Amneris et le noble Ludovic Tézier en Amosnaro. A savourer, même si les versions Karajan (avec Renata Tebaldi et Carlo Bergonzi en 1959) et Solti (avec Leontyne Price et Jon Vickers) restent les premiers choix. 


Jonas Kaufmann toujours

Il a chanté son album d’opérettes en mai, au KKL de Lucerne, un bouquet d’airs de Verdi et Puccini (trop peu, hélas!) au Gstaad Menuhin Festival. Don José a toujours été l’un de ses rôles fétiches (en juillet aux Chorégies d’Orange). En août à Salzbourg, le ténor munichois s’est retrouvé quelque peu piégé dans les élucubrations conceptuelles de Claus Guth dans Fidelio de Beethoven, mais quelle entrée au 2e acte («Gott! Welch Dunkel hier!»). En décembre, on le retrouvait dans La Damnation de Faust à Paris, un peu moins rayonnant, plus irrégulier, mais habité dans «l’Invocation à la nature», au sein d’une production très controversée qui a été huée à la première. 


Philippe Jordan et Esa-Pekka Salonen au sommet

S’il fallait garder deux souvenirs symphoniques de l’année 2015 au Victoria Hall de Genève, on citerait d’abord Philippe Jordan dans la Symphonie pastorale de Beethoven avec l’Orchestre de l’Opéra national de Paris. Le chef zurichois, au geste souple et ample, y façonne d’admirables textures sonores tout en cernant les lignes de force de l’œuvre. A ce même concert, Nelson Freire fait miroiter son toucher limpide et scintillant dans le 4e Concerto de Beethoven. Puis, en octobre, ce fut une 5e Symphonie de Sibelius mémorable (l’élan, la maîtrise des masses sonores!) par Esa-Pekka Salonen et le Philharmonia Orchestra de Londres. 


Duel András Schiff et Grigory Sokolov à Verbier

On a tort de parler de duel mais, par le plus grand des hasards, ils se sont succédé deux soirs de suite en juillet au Verbier Festival. Autant le premier cultive l’allégement, autant le second (qui ressemble à un titan du piano!) creuse et burine le son. András Schiff, donc, s’est offert un programme colossal avec les dernières sonates de Haydn, Mozart, Beethoven (l’Opus 111) et Schubert (la Sonate D960), jouant rien de moins que la 1re Partita de Bach en bis. Sokolov a ouvert son récital le lendemain avec cette même 1re Partita (très différente). Puis il a joué Beethoven et Schubert, avant d’entamer son traditionnel post-concert alignant six bis! 


Un outsider à Berlin

Choisir le nouveau directeur musical de l’Orchestre philharmonique de Berlin, c’est comme élire un président dans une république. Les musiciens votent eux-mêmes pour l’élection, sans passer par une instance faîtière. Or, il a fallu s’y reprendre à deux fois, après une première tentative qui a lamentablement échoué en mai, pour se fixer sur le nom de Kirill Petrenko, chef russe reconnu pour ses compétences dans le monde de l’opéra.

La nouvelle a pris de court tout le monde. La première réunion des musiciens en conclave s’était soldée par un clivage au sein de l’orchestre, les uns votant pour l’Allemand Christian Thielemann, les autres votant pour le Letton Andris Nelsons. Et voici qu’un troisième nom sort du panier, provoquant la surprise – si ce n’est la stupeur – générale.

Réputé discret et peu à l’aise dans l’arène médiatique, le chef russe de 43 ans s’oppose en tout point à l’actuel Simon Rattle. Son profil n’est pas celui d’un chef symphonique. C’est un grand chef d’opéra, actuellement en poste à l’Opéra d’Etat de Bavière. Il s’est distingué dans le «Ring» de Wagner à Bayreuth. Peu porté sur la promotion de lui-même, de stature plutôt petite, il est un musicien né qui affiche une belle autorité sur scène. L’avenir dira si c’était le bon choix.


L’air du temps

Une Cité de la musique à Genève

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En septembre dernier, la nouvelle a fait son effet. Depuis le temps qu’on en rêve pour Genève, une salle symphonique digne de ce nom est enfin à l’étude. Elle devrait voir le jour en 2018, si tout va bien. Grâce à un donateur privé anonyme qui engage 270 millions, les énergies se fédérant autour de ce projet ambitieux et emblématique comptent sur l’enthousiasme général. Car, en plus d’une salle philharmonique de 1700 places pour les concerts de l’Orchestre de la Suisse romande (OSR) et des grands ensembles invités, d’une salle de répétition de 400 sièges et d’une autre avec fosse de 200 places, les 39 000 m² de surface générale doivent aussi accueillir des locaux pour la HEM, des commerces en lien avec la culture, des galeries et des restaurants. Sur le plan artistique, des manifestations de type festival ou autres rendez-vous culturels ou pédagogiques auront aussi la possibilité de s’y déployer.

Bruno Mégevand, président de l’actuelle Fondation pour la Cité de la musique (qui comprend aussi Henk Swinnen, Steve Roger, David Lachat et François Abbé-Decarroux), peut compter sur des compétences solides dans le domaine musical et l’enseignement supérieur. L’équipe au travail, après de longues recherches, est aujourd’hui en négociation sur un terrain d’implantation aux abords de l’ONU. L’institution internationale, intéressée par le projet, est propriétaire de plusieurs parcelles qu’elle pourrait vendre à la fondation. Et l’Etat, auquel appartiennent deux autres terrains contigus, est prêt à les mettre à la disposition de la Cité de la musique.

Dès que toutes les autorisations seront obtenues, la grande aventure pourra enfin commencer. Et le concours d’architecture organisé par le bureau Brodbeck-Roulet permettra de découvrir la forme, désirée exceptionnelle, d’un nouveau bâtiment qui portera loin la nouvelle image musicale de Genève. Avec panache.