Rétrospective

L'année 2017 en cinéma: les tendances et nos coups de cœur

Les dix meilleurs films de l'année selon les critiques du «Temps». En 2017, le blockbuster a marqué le pas

Thor, Spider-Man, Batman, Superman, King Kong, les destroyers de Star Wars, les voitures de Cars, les dinosaures de Jurassic World… Le 7e art se confond avec le rayon jouets des grandes surfaces. Alors que Disney, leader incontesté du divertissement globalisé, rachète la Fox pour achever son plan lucratif d’infantilisation universelle, l’année écoulée entérine une nouvelle fois la suprématie du blockbuster. Wonder Woman séduit, Star Wars: Les Derniers Jedi fait forcément des étincelles. Pourtant, des lézardes apparaissent dans l’édifice qu’on croyait inexpugnable. De coûteux produits font des recettes décevantes.

Le pirate des Caraïbes boit la tasse dans La Vengeance de Salazar, Batman broie du noir au sein de Justice League. Quant au flop sans appel de La Momie, il a, semble-t-il, invalidé l’opération Dark Universe, l’«univers connecté» d’une dizaine de monstres tirés du catalogue d’Universal. Les spectateurs sont-ils las de voir des body-builders en justaucorps sauver la planète? Préfèrent-ils se consacrer à des séries télévisuelles, comme Twin Peaks 3, de David Lynch, qui a inspiré trois couvertures aux Cahiers du Cinéma en 2017? Le cinéma d’auteur, le cinéma adulte interrogeant l’époque contemporaine peut-il profiter de cette «franchise fatigue» pour reprendre du poil de la bête?

A l’heure des bilans annuels, force est d’admettre que le meilleur du cinéma, soit les films qui innovent, surprennent, dérangent, agacent, a toujours rendez-vous au Festival de Cannes. D’ailleurs la moitié des titres de notre sélection y a été montrée. (A. Dn.)


«Barbara», de Mathieu Amalric

Mélancolie faite femme, la longue dame brune nous hante toujours. Elle se réincarne sous les traits de Jeanne Balibar dans un essai poétique passionnant qui joue vertigineusement avec les mises en abyme. (A. Dn.)


«Dunkerque», de Christopher Nolan

Le cinéaste britannique reconstitue un épisode tragique de la Seconde Guerre mondiale pour signer un film visuellement époustouflant qui, loin des clichés, s’intéresse à l’impact de la folie meurtrière sur les individus et à l’instinct de survie des combattants. (S. G.)


«I Am Not Your Negro», de Raoul Peck

Trente ans après son décès, James Baldwin, héros de la cause noire américaine, inspire un documentaire d’une intelligence supérieure évoquant la guerre sans fin contre la discrimination raciale. (A. Dn.)


«Jackie», de Pablo Larrain

Un portrait fragmentaire de Jackie Kennedy, femme iconique, d’une absolue dignité au lendemain de l’assassinat de son mari. Une magnifique mécanique de précision avec Natalie Portman dans le rôle-titre. (A. Dn.)


«L’Opéra de Paris», de Jean-Stéphane Bron

L’auteur de L’Expérience Blocher a hanté le temple de l’art lyrique pendant dix-huit mois. Il ramène de ce lieu de culte un documentaire qui décortique les interactions de l’art et de l’économie, des divas et des soutiers. (A. Dn.)


«Loving», de Jeff Nichols

Dans son cinquième long-métrage, Jeff Nichols déjoue les pièges du biopic et du drame historique. Racontant une histoire d’amour interraciale dans l’Amérique raciste des sixties, il met en scène des personnages taiseux et refuse toute surdramatisation. Bouleversant. (S. G.)


«Lucky», de John Carroll Lynch

Harry Dean Stanton, pour la dernière fois à l’écran, est Lucky, un vieux cow-boy qui lui ressemble. Vrai faux documentaire, cette americana mélancolique est un adieu à une certaine idée de l’Ouest, le vrai. (A. Dn.)


«Okja», de Bong Joon-ho

Sur un tempo sans temps mort, l’amitié d’une petite Coréenne et d’une créature hippopotamesque créée par génie génétique débouche sur une critique féroce du capitalisme et de l’élevage industriel. (A. Dn.)


«Sans amour (Nelyubov)», d’Andrey Zvyagintsev

Dans une Russie tiraillée entre le passé communiste et l’ivresse de la libre entreprise, se joue une tragédie conjugale autour d’un gosse volatilisé, magistralement orchestrée par un moraliste exigeant. (A. Dn.)


«The Square», de Ruben Östlund

L’homme civilisé se met à nu et révèle sa nature incurablement simiesque dans une brillante satire de l’art contemporain et de la social-démocratie suédoise. Palme d’or à Cannes. (A. Dn.)


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