Rétrospective

L’année 2017 en littérature: tendance et coups de cœur

L'année 2017 ne fait pas exception: les grandes (et moins grandes) figures devenues personnages de roman ont hanté les bibliothèques. Retour sur les dix meilleurs romans des douze derniers mois

Au fil des vies

Décidément le genre littéraire des «Vies» ne cesse d’inspirer les écrivains. Cette année encore, les grandes figures – ou les anonymes – devenues personnages de roman ont hanté l’actualité éditoriale. Les principaux prix littéraires français ont récompensé des récits de vie. Deux figures, antagonistes, reviennent ainsi sur le devant de la scène: Josef Mengele, le médecin-exterminateur du camp d’Auschwitz, qui réussira à fuir en Argentine à la fin de la guerre. C’est précisément cette vie de fuyard que raconte Olivier Guez dans La Disparition de Josef Mengele (Grasset, Prix Renaudot).

Véronique Olmi choisit, elle, la grâce avec Bakhita (Albin Michel, Prix Fnac), petite fille du Darfour arrachée à sa famille par des marchands d’esclaves qui deviendra religieuse en Italie puis sainte. Dans Un Certain M. Piekielny, François-Henri Désérable remonte la trace d’un homme qui a été le voisin de Romain Gary enfant. La Serpe de Philippe Jaenada (Julliard, Prix Femina) s’intéresse à Henri Girard, alias Georges Arnaud, l’auteur du Salaire de la peur, accusé, avant d’être acquitté, du triple assassinat de son père, de sa tante et de la bonne.

Autre personnalité qui reprend vie sous la plume d’un écrivain, le flamboyant éditeur lausannois Henry-Louis Mermod, mentor des Ramuz, Cingria, Roud, Jaccottet, Chessex et dont Amaury Nauroy retrace la geste dans Rondes de nuit (Le Bruit du temps). L. K.


«Rondes de nuit», Amaury Nauroy (Le Bruit du temps)

Pour l’évocation sensible des années Henry-Louis Mermod, l’éditeur lausannois qui savait écouter les poètes, au bord du lac. Rondes de nuit cherche l’esprit du lieu et le trouve.

«Monarques», Philippe Rahmy (La Table ronde)

Le dernier roman de Philippe Rahmy qui nous a quittés le 1er octobre. Un hommage au père égyptien, une évocation de l’enfance croisée au destin de Herschel Grynszpan, celui dont le crime déclencha la «Nuit de cristal».

«Classé sans suite», Claudio Magris (L’Arpenteur/Gallimard)

Le passé de Trieste revisité: pour l’épaisseur historique et la puissance narrative.

«L’Archipel des Solovki», Zakhar Prilepine (Actes Sud)

La naissance du goulag soviétique: pour la richesse des personnages et la construction épique.

«Panique printanière», Gertrud Leutenegger (Zoé)

Pour le regard sur Londres et la finesse des rapports humains.

«Le Dimanche des mères», Graham Swift (Gallimard)

Dans l’Angleterre provinciale des années 1920, une passion dévorante entre un aristocrate et une femme de ménage. Un bijou.

«Underground Railroad», Colson Whitehead (Albin Michel)

Poignante comme un gospel, l’odyssée désespérée d’une jeune esclave en fuite dans une Amérique où la ségrégation raciale fait rage.

«L’Art de perdre», Alice Zeniter (Flammarion)

L’auteure de Sombre Dimanche a décroché le Goncourt des lycéens et le Goncourt suisse avec cette formidable saga qui commence dans les montagnes de Kabylie et se termine en France, à Paris. L’histoire d’une famille de harkis, une fiction autobiographique où Alice Zeniter réinvente ses origines et s’interroge sur les histoires, les langues, les paroles et les pays perdus.

«Made in China», Jean-Philippe Toussaint (Minuit)

La facétieuse histoire d’un tournage en Chine où un certain Jean-Philippe Toussaint présente Chen Tong, son éditeur, producteur et ami ainsi que sa vaillante équipe. Un hommage aux pérégrinations et aux succès chinois de l’auteur de Nue et une réflexion ludique sur les limites et les territoires du romanesque. Joueur et enjoué.

«La Vie automatique», Christian Oster (L’Olivier)

Votre maison brûle, votre vie avec et vous voilà, comme le héros de Christian Oster, face à une page blanche. Débarqué à Paris, cet acteur va se réinventer une existence, retissant des liens, se laissant de nouveau dévorer par des lieux et des gens. Un roman épatant qui renferme une incroyable course-poursuite. En jouant à «Suivez cette voiture!», le héros se retrouve en quelques pages à l’autre bout du monde…

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