Rétrospective

L’année 2017 en musiques actuelles: nos coups de cœur

Retour sur les dix meilleurs albums de l’année écoulée pour inspirer les playlists: soirée festive en perspective 

Kendrick Lamar, «DAMN.» (Universal Music)

Que retiendra-t-on de l’Amérique en 2017, sinon une chute sans fin et un dévoiement affirmé chaque jour avec plus d’insistance? DAMN. relève autant du diagnostic que de l’antidote. Un rappeur californien nommé Kendrick Lamar parvient en un geste pop à scruter le monde selon Trump. Il venge surtout sa génération des nostalgies, du «c’était mieux avant». Son hip-hop jazzeur, la façon qu’il a d’embrasser cette époque, réconcilie avec la culture de masse (il est l’un des artistes les plus écoutés du monde) au temps du populisme. A. Ro.


Father John Misty, «Pure Comedy» (Bella Union)

Troisième album pour Josh Tillman depuis qu’il s’est trouvé un alias digne de sa folie et de son impénétrabilité. C’est le plus abouti de tous: voix et envolées mieux maîtrisées et production adoucie du grand Jonathan Wilson pour des balades brise-coeur. La meilleure nouvelle de toutes? Il nous a promis un album par an jusqu’en 2020. Ph. C.


Tyler, The Creator, «Flower Boy» (Sony Music)

Le sale gosse du hip-hop West Coast ne fait toujours rien comme les autres, capable de singles déroutants, de sorties médiatiques lamentables ou, comme ici, de disques luxuriants bourrés d’inventions cool ou décoiffantes auxquelles participent Frank Ocean, Estelle ou Roy Ayers. D. Bl.


Oumou Sangaré, «Mogoya» (No Format)

Franchement on ne l’attendait plus. A presque 50 ans, la diva malienne choisit un minuscule label parisien, No Format, pour revenir au sommet. A. Ro.


Oddfellow’s Casino, «Oh, Sealand» (Microcultures)

Douze ans que David Bramwell semble capable de produire des chansons tire-larmes sur commande. Il récidive cette année avec l’album le plus varié de son immense carrière, tout en réinventant encore et encore la notion de mélancolie: on ne connaît personne d’assez inhumain sur cette planète pour ne pas fondre sur le champ à l’écoute de chefs-d’œuvre tels «Swallow The Day» ou «Penda’s Fen». Ph. C.


Slowdive, «Slowdive» (Dead Oceans)

Vingt-deux ans après leur troisième album, les cinq Anglais de Slowide, hérauts de l’éphémère mouvement shoegaze, ont publié cette année leur meilleur disque, tout en guitares évanescentes, mélodies éthérées et enivrantes. Un sommet de «dream pop». S. G.


Vijay Iyer Sextet, «Far from Over» (ECM)

Le pianiste américain prouve que l’intelligence n’est pas un élitisme et que le jazz peut encore donner la chair de poule. A. Ro.


Ghostpoet, «Dark Days + Canapé» (PIAS)

Le Londonien, musicien inclassable qui transcende les genres, livre un quatrième album d’une hypnotique noirceur. On ne sait plus trop si on écoute du rock, de l’électro, du rap ou du trip-hop, voire, parfois, du jazz, et c’est une belle sensation. S. G.


Fleet Foxes, «Crack-Up» (Warner Music)

Six années de parenthèses diverses et variées loin de sa bande n’auront pas atténué l’exceptionnelle créativité de Robin Pecknold, inspiré comme jamais sur le troisième opus du groupe de Seattle. Puissance inimaginable de ses compositions à tiroirs, paroles bouleversantes d’humanité et d’introspection, pour une évidente confirmation: cet homme ne connaît pas de limites artistiques. Ph. C.


Vince Staples, «Big Fish Theory» (Def Jam)

Introspectif, anxiogène, hypnotique, brillant tout le temps: l’ex-membre du gang des Crips qui a grandi dans la poisse californienne invente un présent exaltant au gangsta rap, invitant à bord les amis A$AP Rocky, Flume ou Damon Albarn. Décapant. D. BL.

Sélection réalisée par David Brun-Lambert, Philippe Chassepot, Stéphane Gobbo et Arnaud Robert.

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